Lecture : Treatise on the Bright Fixed Stars, azurastrologue.fr

Lecture : Treatise on the Bright Fixed Stars, Anonymous of 379

[English-speakers: I’ve translated this review to English, and you can download it here as a PDF; it’s also included in a viewer at the end of the post for reading comfort, should you prefer.]

Dans les années 90, des textes anciens ont été traduits en anglais dans le cadre de Project Hindsight, marquant un revival des traditions astrologiques antiques dites hellénistiques. Le traité sur les étoiles fixes brillantes de l’Anonyme de 379 fait partie de ces traductions ; celle-ci a été réalisée par Robert Schmidt, éditée par Robert Hand, et publiée en 1993 via The Golden Hind Press. Le livre fait 32 pages en tout, annexes inclues. Je m’intéresse énormément aux étoiles fixes, ce texte a donc tout particulièrement attisé ma curiosité.

Comme un grand nombre de textes de l’Antiquité dont nous avons pu hériter, ce traité est fragmentaire ; on trouve allusion ça et là à des passages introuvables. Étudier des textes aussi anciens nécessite toujours un travail de contextualisation et de reconstruction, et ce même si l’on se ne définit pas comme « reconstructionniste » (c’est-à-dire essayant de reproduire le plus fidèlement possible les traditions de l’époque). J’ai une immense reconnaissance pour le travail pionnier des personnes ayant travaillé à Project Hindsight (qui traverse actuellement son retour de Saturne !) ainsi que les personnes ayant soutenu le projet jusqu’ici – Project Hindsight est entièrement financé par la communauté astrologique via des abonnements et donations.

L’introduction de Robert Hand souligne que bien que d’autres travaux de la même période traitent des étoiles fixes, celui d’Anonyme de 379 est remarquable pour l’étendue des délinéations fournies ; Ptolémée, par exemple, ne fournit que des corrélations planétaires pour les étoiles fixes. Depuis la publication de ce traité en 1993, Bernadette Brady a présenté ses recherches étendues sur les étoiles fixes et permis une renaissance de leur utilisation selon la méthode des parans ; un certain nombre de remarques que fait Robert Hand ne sont donc plus tout à fait d’actualité, mais je les trouve très intéressantes quoiqu’il en soit pour situer la réflexion de l’époque autour des étoiles fixes.

La préface du traducteur, Robert Schmidt, donne des précisions sur la traduction de certains mots. Le mot paranatellō en fait partie : c’est de ce fameux mot que l’on tire l’abréviation « paran » . Schmidt souligne que paranatellō signifie simplement « se lever aux côtés » et que dans ce contexte, cela signifie se lever aux côtés d’un certain degré du zodiaque. Schmidt le traduit par « co-rise » soit « se co-lever » . Robert Hand souligne que le terme moderne de « parans » a subi une transformation majeure, car le terme recoupe toutes les manières dont les planètes ou étoiles peuvent traverser un angle au même moment. Le terme utilisé par l’Anonyme de 379 fait seulement référence au fait de se lever au même moment. Ce changement de terminologie semble avoir apparu, selon Hand, via la Western Sidereal School of Fagan and Bradley.

Les délinéations d’Anonyme de 379 regroupent les étoiles par associations aux planètes. Ainsi, il donne une liste d’étoiles décrites comme un mélange d’Aphrodite et Hermès (Vénus et Mercure) : Spica, de la constellation Virgo, l’étoile brillante de Lyra (Vega), l’étoile brillante sur la bouche du grand Poissons (Fomalhaut), l’étoile brillante de Cygnus (Deneb Adige) et l’étoile brillante de la Couronne la plus au Nord (Alphecca).

Personnellement, je ne pense pas qu’étudier les étoiles fixes au filtre des planètes de cette manière soit particulièrement pertinent. Les associations planétaires sont des raccourcis qui peuvent aider à commencer à se familiariser avec les étoiles fixes, mais il me semble crucial de les aborder selon leurs propres termes et sans les cantonner aux planètes.

Bien que les signes du zodiaque soient considérés comme gouvernés par les planètes du septénaires (Mars dirigeant Bélier et Scorpion, Vénus dirigeant Taureau et Balance, et ainsi de suite), il est important ici de se souvenir que les signes et les constellations sont distincts. Les signes du zodiaque sont des découpages symboliques du ciel – et ce, qu’il s’agisse du zodiaque tropical ou sidéral : aucun ne colle complètement aux constellations. Les constellations sont, à l’évidence, bien plus anciennes que le concept de zodiaque, et les étoiles qui les composent ne sont absolument pas gouvernées par les planètes.

À ce titre, il me semble très limité de décrire une étoile fixe comme « de la nature de x et y planètes » comme si le mélange de ces planètes donnait naissance à l’étoile. En revanche, les associations planétaires peuvent être utiles pour décrire une affinité, une sorte de « vibe » , si l’on veut. Par exemple, décrire Regulus comme étant associée à la combinaison de Mars et Jupiter évoque une certain flamboyance, une ferveur, la victoire, la combativité mâtinée de générosité (entre autres) ce qui colle en effet à ce que l’on connaît de Regulus par ailleurs. Mais quoiqu’il en soit, les étoiles fixes ont une richesse et une profondeur que je pense vraiment important d’explorer en dehors de considérations strictement planétaires.

Mon estimée collègue Amaya Rourke a mis en avant, lors d’une discussion autour du passage qui traite de la constellation du Taureau, qu’il semblerait qu’il y ait une analyse rétroactive des constellations au prisme des signes du zodiaque chez Anonyme de 379. Ainsi, il décrit les personnes marquées par Aldébaran (étoile la plus brillante de Taurus) comme ayant « un beau cou » . Or c’est le signe du Taureau qui est associé au cou dans le « zodiac man » en astrologie médicale (cf image ci-contre), qui distribue chaque partie du corps à un signe du zodique, en commençant par la tête avec Bélier, finissant par les pieds avec Poissons. Comme Amaya le fait remarquer, cette analyse rétroactive va complètement à l’encontre de la conceptualisation néoplatonique des Sphères et de leur divinité sur laquelle se base l’astrologie de la Grèce antique.

Il y a donc un tri à faire dans les délinéations que donne Anonyme de 379. Cependant, j’ai trouvé le traité intéressant quoiqu’il en soit, pour plusieurs raisons.

Les étoiles fixes sont décrites le plus souvent sans le nom qu’on leur connaît à l’heure actuelle, et pour aider à les situer, Anonyme de 379 donne le degré du zodiaque avec lequel elles se lèvent. Dans le traité, l’auteur mentionne qu’il se trouve à Rome, en Italie. J’ai donc, par curiosité, consulté Starlight pour vérifier les informations données.

Anonyme de 379, lorsqu’il écrit sur l’étoile fixe Sirius, donne le 20ème degré de Gémeaux comme le moment de co-lever. Voici, ci-dessous, ce que cela donne dans Starlight, lorsque l’on place le degré de l’Ascendant à 20° Gémeaux en 379 à Rome en Italie (ici, fin juillet, à 2h05 du matin).

Comme vous pouvez le constater, Sirius est encore loin de se lever à l’Ascendant : on peut distinguer l’étoile bien en-dessous de la ligne d’horizon. J’ai regardé le moment où Sirius se lève effectivement à l’horizon, en même temps que le Soleil (son lever héliaque), le même jour du 20 juillet 379, quelques heures plus tard, à 4h42 du matin. Image ci-dessous.

Au moment où Sirius touche effectivement l’horizon à l’Est, l’angle de l’Ascendant est à 26° Cancer. Les degrés que donne Anonyme de 379 sont donc bien les degrés projetés sur l’écliptique et non celui que l’on pourrait donner pour le réel lever de Sirius sous la latitude de Rome. Je trouve intéressant de constater que déjà à l’époque de l’Anonyme de 379, ce qu’il passe réellement dans le ciel en ce qui concerne les étoiles fixes passe à la trappe au profit des seuls degrés sur l’écliptique.

En dehors de ces considérations techniques (qui personnellement me passionnent, mais je suppose que cela n’enthousiasme pas tout un chacun de la même manière), le texte fournit des délinéations que je trouve relativement inhabituelles si l’on s’en tient à ce que l’on lit le plus souvent sur certaines étoiles.

Ainsi, si l’on se penche sur l’étoile fixe Spica, comme je soulignais dans l’article dédié, ce que l’on lit le plus souvent tourne autour de thématiques d’abondance, de dons, de brio. Agrippa, mage de la Renaissance, écrit qu’un talisman consacré à Spica « augmente l’or, accumule les richesses, amène la victoire dans les procès et libère les hommes du mal et de l’angoisse » . Héloïse de HéloAstro utilise l’image d’un·e paysan·ne ingénieux·se qui connaît très bien son terrain et sait comment le travailler afin que la récolte soit grandiose. L’immense majorité des sources que j’ai consultées au sujet de Spica mettent en avant l’abondance et la richesse.

Cependant, Amaya Rourke remet en question cette croyance héritée de l’époque médiévale et de la Renaissance selon laquelle Spica apporte nécessairement richesse et célébrité. En effet, elle n’a pas constaté de telles choses chez sa clientèle. Au contraire, elle remarque que la plupart de ses client·es ayant des placements en lien à Spica viennent d’un milieu plutôt défavorisé, avec des contraintes à surmonter afin de construire lentement une stabilité matérielle et une réputation solide dans leur domaine d’expertise. Rourke cite Marcus Manilius, un astrologue et poète du 1er siècle de l’ère commune (traduction mienne) : « [Spica] produira un homme qui supervise la loi civile et religieuse, et qui veillera avec révérence sur les temples des dieux. Elle ne donnera pas des moyens d’acquérir la richesse rapidement, mais plutôt, permettra d’investiguer l’origine et le pouvoir de l’univers. »

Il se trouve que la délinéation que donne l’Anonyme de 379 va dans le même sens que Manilius :

L’étoile brillante Spica produit des hiérophantes, des prêtes grandement honorés, des philosophes, des interprètes de certains rites sacrés […] elle produit des prêtresses des déesses Déméter (ou Méter), Perséphone ou Isis, ou des expert·es en affaires, mystères ou sacrifices hiérophantiques, et celleux qui évitent certaines viandes et celleux-ci sont fortement assisté·es par les dieux. 

Le passage sur Sirius (Canis Major, vue plus haut) et Pollux (l’un des Gémeaux), qu’Anonyme de 379 décrit comme de la nature d’Arès – la planète Mars, a particulièrement attiré mon attention car il donne des nuances supplémentaires à sa délinéation s‘il s’agit d’une naissance diurne. Plus loin, en parlant d’une étoile de la constellation de la Balance (à l’époque encore considérée comme faisant partie du Scorpion, ses pinces) et de l’autre tête des Gémeaux, Castor, il mentionne que ces étoiles sont plus difficiles dans un thème nocturne. Autrement dit, Anonyme de 379 semble considérer que l’équipe (diurne ou nocturne) d’un thème est pertinente pour évaluer l’influence d’une étoile fixe dans la nativité. Je me demande si cette interprétation est elle aussi influencée par le filtre planétaire appliqué aux étoiles par l’auteur, ou s’il est vrai que les étoiles fixes peuvent être plus ou moins auspicieuses – ou tout du moins s’exprimer différemment – selon s’il s’agit d’un thème de jour ou d’un thème de nuit. Des recherches à ce sujet seraient nécessaires !

La dernière partie du texte traite des difficultés en lien avec les yeux et la santé plus généralement, et sa particularité est que des délinéations sont données quant aux divinités qui sont susceptibles de fournir de l’aide. Ainsi, Anonyme de 379 explique que si certaines étoiles sont placées en maison 9 ou en maison 4 ou si elles marquent l’Ascendant, alors il considère que la personne dont c’est le thème peut recevoir un grand secours à travers les dieux. Il donne l’exemple de l’étoile brillante d’Ophiuchus (Ras Alhague) : « elle traite celleux qui sont né·es ainsi à travers la manifestation d’Asclépius ou Sérapis ou leur pouvoir, ou l’amitié des docteurs. »

La traduction inclut des annexes appréciables: les conventions de traduction, des informations sur les étoiles identifiées par Ptolémée, la liste des étoiles mentionnées par l’Anonyme de 379 avec leur nom contemporain, et des cartes du ciel (constellations) générées avec EZCosmos permettant de voir à quoi ressemblent les constellations dont il est question.


Si vous avez lu cet ouvrage vous aussi et que vous avez des remarques, n’hésitez pas à les partager en commentaires, vos impressions m’intéressent ! Si vous avez des questions, elles sont les bienvenues également.

Si vous souhaitez explorer la place des étoiles fixes dans votre thème natal en consultation, les informations pour prendre rendez-vous sont par ici. Les articles que je publie sur ce blog sont le fruit de beaucoup d’étude et de recherche bénévole pour rendre les connaissances astrologiques plus accessibles ; si vous souhaitez soutenir ce travail et si la perspective de contenus exclusifs (non publiés sur ce blog) vous intéresse, je vous encourage à aller voir ma page Patreon.

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