Les transidentités en astrologie, azurastrologue.fr

Les transidentités en astrologie

J’ai longtemps repoussé l’écriture d’un article sur les questions trans en astrologie, bien qu’étant une personne trans moi-même, car faire justice à la complexité de ces enjeux me semble périlleux. Cependant, étant donné que mes collègues cis n’ont pas nécessairement la même prudence, je me sens quelque peu obligé·e de m’exprimer à ce sujet.

Vocabulaire

Tout d’abord, si vous êtes déjà perdus, quelques mots de vocabulaire (je cite en grande partie Wikitrans) :

  • Trans (adjectif ; « une personne trans » , « une femme trans » , « un homme trans ») : qualifie une personne qui ne se reconnait pas dans le genre qui lui a été assigné à la naissance et qui décide donc de transitionner. Les personnes trans sont les personnes qui vivent ou qui souhaitent vivre dans un genre différent de celui qui leur a été assigné à leur naissance.
  • Transition : un long processus qui permet à une personne de s’affirmer dans le genre auquel elle s’identifie et dans lequel elle peut s’épanouir. Cela peut passer par exemple par un nouveau prénom, une nouvelle garde-robe, un coming out, un travail de la voix, un traitement hormonal, des opérations, etc.
  • Cis (adjectif ; « une femme cis », « un homme cis », etc) : Les personnes cis ou cisgenres sont les personnes qui ne sont pas trans. Il s’agit de la majorité des gens. Le genre qui lui a été assigné à la naissance convient à une personne cis — du moins suffisamment pour ne pas avoir envie de transitionner, il ne s’agit pas ici nécessairement de « se sentir femme/homme » ou d’être super à l’aise avec toutes les injonctions genrées.

Il y aurait beaucoup d’autres informations à donner mais je ne veux pas allonger l’article à l’excès ; je vous laisse creuser avec les ressources données en fin d’article si besoin.

Astrologiser les enjeux trans

Je traite donc ici du sujet en tant qu’astrologue trans et queer. Je ne pense pas qu’être concerné·e par un sujet rend subitement savant·e dessus (surtout quand le domaine est vaste, avec une grande variété d’expériences), mais en l’occurrence ça informe évidemment mes perspectives.

Je vais tout d’abord mettre les pieds dans le plat : si vous êtes une personne cis, je vous encourage vivement à ne pas prétendre astrologiser sur les enjeux trans. Je sais qu’en tant qu’astrologue (ou passionné·e d’astrologie plus généralement) on a sans doute souvent envie de commenter sur des sujets que l’on considère d’actualité et intéressants pour son lectorat. Mais je vous invite à considérer qu’on est pas obligé·es de parler de tout. En l’occurrence, si on a une connaissance très limitée d’un sujet de société important et que l’on risque au pire de contribuer à perpétuer des préjugés, au mieux d’avoir une approche très superficielle, ne pas écrire dessus est une option.

Je ne prétends pas censurer qui que ce soit, mais je m’adresse aux personnes qui ont à cœur de respecter les personnes trans : ce n’est peut-être pas le rôle des astrologues cis de s’exprimer sur les enjeux trans en astrologie – même avec les meilleures intentions du monde. Il y a trop d’angles morts ! C’est déjà compliqué pour une personne trans de faire justice au sujet sans même parler d’astrologie. Alors essayer d’astrologiser dessus en tant que personne cis, n’en parlons pas.

Une histoire fragmentaire

Un des problèmes que l’on rencontre lorsque l’on essaye de mener des recherches sur l’histoire des personnes trans est que les informations dont on dispose sont fragmentaires (et c’est d’ailleurs malheureusement aussi le cas en ce qui concerne l’histoire de l’astrologie et les manuels anciens !). Comme bon nombre d’autres catégories sociales marginalisées, les personnes trans subissent un effacement, une invisibilisation au sein de l’Histoire.

Pour donner un exemple marquant, on ne peut qu’imaginer ce que les recherches menées dans le cadre de l’Institut de sexologie (Institut für Sexualwissenschaft) de Magnus Hirschfeld auraient pu apporter. Il y avait des personnes transgenres parmi le personnel de l’institut ainsi que parmi les clients. Des interventions chirurgicales et endocrinologiques étaient proposées, incluant les premières interventions de chirurgie de réattribution sexuelle dans les années 1930. Hirschfeld a également collaboré avec la police de Berlin, créant un laissez-passer pour les personnes désirant porter des vêtements associés à un autre genre que celui attribué à leur naissance, afin d’éviter qu’elles soient systématiquement arrêtées ou soupçonnées de prostitution. L’Institut fut détruit lors du pillage en mai 1933 dans le cadre des autodafés par les nazis. Un pan de notre histoire est littéralement parti en fumée, sans même parler de toutes les personnes assassinées.

Lorsque l’on essaye d’étudier l’histoire des personnes trans, on se heurte à différents autres problèmes. Poser l’étiquette « trans » de manière rétroactive peut poser problème étant donné que le terme est relativement récent ; ce sera considéré comme spéculatif par beaucoup. Cependant, il y a aussi un déni délibéré qui relève de la transphobie, à l’instar des considérations risibles sur les couples gays et lesbiens dans l’histoire ou même à l’époque contemporaine dans les médias (Kristen Stewart et sa « gal pal » !). À entendre certaines personnes il faudrait avoir porté un panneau à néon « HOMO » au quotidien jusqu’à sa mort pour être considéré·e autre chose qu’hétéro, même lorsque l’on vit en couple gay/lesbien, que l’on laisse des lettres d’amours derrière soi, etc. On en arrive à des aberrations, et je trouve que la rigueur scientifique a bon dos lorsqu’il s’agit de nier qu’une personne ait pu déroger aux normes cis et hétéro.

En ce qui concerne les enjeux trans, les personnes les plus visibles dans les médias contemporains les plus mainstream ne sont pas toujours les mieux informé·es, malheureusement (dans une certaine mesure cette remarque est vraie pour un bon nombre de sujets, surtout quand il s’agit de populations marginalisées). Au sein de la recherche académique de niche aussi, il peut y avoir le problème de l’appropriation d’un discours qui ne leur appartient pas par les personnes cis, qui considèrent les personnes trans comme des « sujets d’études fascinants » et prennent trop de place, souvent avec une approche fétichisante.

Par ailleurs, lorsqu’une personne trans est mise en avant dans les médias, il est courant qu’il s’agisse d’une personne qui vient de commencer à transitionner. Cette personne doit alors se faire porte-parole des enjeux trans, alors même que son recul sur les enjeux trans est encore potentiellement assez limité. C’est une situation qui se répète alors qu’elle n’est vraiment pas idéale, ni pour la personne trans en question, ni pour les autres. Ce n’est pas parce qu’une personne transitionne qu’elle a vocation à éduquer tout un chacun sur l’ensemble des luttes trans, quand bien même elle aurait les connaissances pour (ce qui est loin d’être systématique).

Les œuvres de fiction sur des vécus trans faites par (et pour) les personnes cis sont aussi bien souvent truffées de préjugés nocifs, de représentations déshumanisantes pour les personnes trans. Les problèmes entourant la représentation des personnes trans sont abordés dans le film Disclosure: Trans Lives on Screen.

Ces nuances-là sont rarement prises en compte suffisamment par les personnes cis, et c’est une des raisons pour lesquelles il me semble préférable pour les astrologues cis de ne pas se précipiter à astrologiser quelque chose qui leur échappe.

L’essentialisme de genre en astrologie

L’essentialisme suppose qu’il est possible de décrire l’essence des choses. Il a été constaté que des individus ayant des préjugés sociaux adoptent des modes de pensée particulièrement essentialistes, ce qui suggère que l’essentialisme contribue à perpétuer l’exclusion au sein des groupes humains. L’essentialisme de genre est l’idée selon laquelle hommes et femmes sont différents par essence, c’est-à-dire selon laquelle leur nature (féminine ou masculine) détermine non seulement leur physiologie, mais dans une certaine mesure l’être et l’agir. La position essentialiste considère que ce qui est inné biologiquement prévaut nécessairement dans le comportement d’un individu sur tout ce qui pu être acquis ultérieurement. La notion opposée est le constructionnisme.

Le féminisme essentialiste (ou féminisme différentialiste) considère qu’il n’y a pas lieu de distinguer sexe et genre, puisque le sexe d’une personne détermine le genre correspondant. D’autres courants féministes (comme le féminisme se revendiquant matérialiste) considère toutefois que le sexe équivaut au genre, ces notions étant indissociables, car le sexe est une notion sociale tout aussi artificielle que le genre, et que par conséquent est femme toute personne perçue comme femme dans la société patriarcale.

Un exemple concret d’essentialisme de genre est d’argumenter qu’il faut respecter les femmes car elles seraient naturellement plus douces, bienveillantes, et en mesure de prendre le rôle de mère qui est si important. Je pense personnellement qu’il faut respecter les femmes car ce sont des personnes, point barre. Personne ne devrait voir à faire ses preuves pour accéder à des droits humains élémentaires.

La frénésie autour du « féminin sacré » et du « masculin sacré » est caractéristique de l’essentialisme de genre. Projeter sur le divin nos constructions sociales genrées qui prennent racines dans des rapports de force et de domination ne me paraît pas particulièrement avisé. Au contraire, cela peut contribuer à naturaliser des oppressions.

L’astrologie et son histoire sont bien sûr empreintes de leurs contextes culturels. La misogynie de certains auteurs, antiques comme contemporains, n’est plus à prouver. Il nous appartient de remettre en question ce qui a besoin de l’être. Cependant, comme je l’évoquais plus haut, il y a aussi une tendance à ignorer certains pans de l’histoire.

J’ai du mal avec la tendance chez certain·es de mes collègues cis à confiner les personnes trans à certaines planètes vues comme « indifférenciées » (non-genrées), Mercure et Neptune, ou les signes mutables. Tout d’abord, c’est passer à côté de comment certaines planètes ont pu historiquement être associées à différentes qualités genrées. La Lune, bien que présentée comme « féminin sacré » de manière prévalente à l’heure actuelle, est désignée comme versatile dans différentes traditions (cf Ayyur dans la mythologie Berbère, ou même l’hymne Orphique à Sélène dans une certaine mesure), voire identifiée à un dieu plutôt qu’une déesse (Chandra, Fai, Sîn, Khonsou, Máni, entre autres).

Ishtar

Plusieurs déesses associées à la planète Vénus ont des attributs androgynes, comme Ishtar/Inanna ou Vénus Barbata. Ishtar est parfois décrite comme portant une barbe, et dans un hymne Akkadien, elle a le pouvoir de « transformer les hommes en femmes » (ce qui n’est pas vu comme une mauvaise chose bien entendu, il s’agit d’un processus consensuel et non d’une punition ou d’une humiliation !). De ce fait, elle est considérée par endroits comme une divinité patronne des personnes trans. Dans certains contextes culturels, Vénus est vue comme masculine lorsqu’elle est étoile du matin, et féminine lorsqu’elle est étoile du soir.

La planète Saturne fait débat aussi. Bien que les divinités les plus connues associées à Saturne soient masculines (à ma connaissance en tous cas), de nombreuses personnes genrent Saturne au neutre ou au féminin. L’astrologue contemporaine Diana Rose Harper, par exemple, appelle Saturne « Grandmother » (« Grand-mère ») et propose une formation-workshop dédiée à Saturne qui s’appelle « Our Lady of Time » (« Notre Dame du Temps »). Sur la page de présentation, elle précise :

« J’utilise le pronom Elle pour Saturne sur la base de mes propres expériences directes avec Elle, bien qu’il soit traditionnel de considérer Saturne comme masculine et donc plutôt courant d’utiliserf il/lui. Les planètes sont à la fois bien au-delà du genre et exprimant tous les genres à la fois. Vous pouvez, bien sûr, utiliser les pronoms que vous trouvez appropriés et respectueux ! »

https://ddamascenaa.com/our-lady-of-time

Mercure est bien sûr une planète liminale par excellence ; ni diurne ni nocturne, psychopompe, aux vertus profondément adaptables. Mais toutes les personnes trans ne se voient pas comme « ni homme ni femme » , loin de là. Plaquer cette grille de lecture sur toute la population trans sans distinction est en fait assez transphobe. Idem pour Neptune, qui représente le flou, la confusion et l’effacement des limites. Cela peut illustrer adéquatement l’expérience et l’expression de certaines personnes trans, mais pas toutes.

Outre les planètes, les signes du zodiaque se voient assigner une qualité « masculine » ou « féminine » . La mauvaise foi abonde lorsque l’on demande aux contemporain·es qui l’utilisent d’expliquer de quoi il retourne si ce n’est des poncifs sexistes. Les signes masculins sont décrits comme actifs, émetteurs, extravertis, diurnes, et les signes féminins comme plus passifs, récepteurs, introvertis, nocturnes. Ces qualités peuvent être mises en avant sans y accoler un marqueur de genre, et ça a le mérite d’être plus clair. Personnellement, j’ai pris l’habitude de parler de signes diurnes et nocturnes.

Transidentités et expérience de la transphobie

Un des risques majeurs que je vois à cantonner les personnes trans à une quadruplicité (les signes mutables) et à deux-trois planètes dont une seule du septénaire est que cela pourrait renforcer le déni de certaines personnes en questionnement. Il n’y a pas un combo natal majeur qui indiquerait systématiquement qu’une personne est trans, et qu’elle est cis si absent. Si vous vous questionnez sur la transition, je vous encourage à prendre le temps de vous renseigner quel que soit votre thème natal – ça ne vous engage à rien et ça vous éclairera probablement davantage que les délinéations limitées des personnes cis.

une pancarte dans un cortège : "Suicides trans urgence globale"

Il y a une immense variété de vécus en ce qui concerne le fait d’être trans, comment l’on vit son identité en tant que personne trans. Il me paraît crucial de souligner que pour un bon nombre de personnes, c’est une expérience terriblement difficile voire tragique, car nous vivons dans une société transphobe. Dans certains pays, être trans est même considéré comme un crime passible de la peine de mort ou d’emprisonnement. Chaque année, lors du Transgender Day of Remembrance le 20 novembre, nous nous souvenons des personnes trans perdues à des violences transphobes. Ainsi, d’octobre 2021 à septembre 2022, on a pu décompter 391 mort·es. L’immense majorité des personnes trans assassinées sont des femmes trans, qui se trouvent à l’intersection de la transphobie et de la misogynie (transmisogynie) ; des meurtres connus de personnes trans de 2013 à 2018, environ 92% étaient des femmes trans. Jusqu’en 2016, en France, il était requis pour les personnes trans de se faire stériliser pour pouvoir changer leur état civil ; c’est toujours le cas en Finlande. C’est aussi en 2016 que l’identité de genre devient l’un des critères de discrimination reconnus par la loi française ! J’aimerais souligner ici que ce n’est pas l’existence des personnes trans qui est récente, mais bien la reconnaissance de la transphobie. Les discriminations transphobes sont toujours monnaie courante, et les débats sur la légitimité des personnes trans à accéder à des soins médicaux sont récurrents. À l’heure actuelle en France, outre les mouvements réactionnaires « habituels » (Manif pour Tous, etc), une faction qui se revendique du féminisme essentialiste (« femellité« ) milite activement contre les droits des personnes trans et n’hésite pas à attaquer les droits des femmes et d’autres catégories marginalisées pour y parvenir. Même pour les personnes trans parmi les plus privilégiées, l’expérience de la transphobie teinte les expériences d’une manière ou d’une autre. Bien sûr, on peut trouver une grande joie et fierté dans les cultures trans et queer ! Cependant, cette fierté aura nécessairement une dimension de résistance, du fait de la violence transphobe.

une illustration "Trans Liberation Now" aux couleurs du drapeau trans : bleu clair, rose pâle et blanc

Si l’on souhaite se pencher sur les enjeux trans en astrologie, considérant ces discriminations structurelles et interpersonnelles, l’impact qu’elles ont sur la vie et le bien-être des personnes trans en termes d’isolement, de trauma et de durée de vie, je pense qu’il peut être intéressant de considérer le rôle de Mars et Saturne dans les nativités. Mars représente, entre autres, la violence, les émeutes, les revendications énergiques, la défense, l’urgence, la force, les agressions. Saturne représente, entre autres, le deuil, l’isolement et l’isolation, les situations d’exil et de handicap.

J’ai l’impression qu’il peut y avoir tendance pour des astrologues cis à laisser leur biais s’exprimer et considérer principalement ce qui les arrange : les planètes « non-genrées » et la mutabilité… En ignorant les aspects de la nativité pourtant éloquents sur ces expériences de marginalisation et de violence transphobe. Centrer nos recherches en astrologie natale sur ces expériences liées à la transphobie, qui sont communes aux personnes trans même si nous les vivons à divers degrés, permet d’éviter l’essentialisme et de replacer les enjeux trans dans le contexte dans lequel nous vivons.

Si vous êtes cis et que vous souhaitez soutenir les personnes trans face aux violences que nous rencontrons, vous pouvez donner à des fonds de solidarité (il y a une bonne liste sur cette page), vous abstenir de parler à notre place sur ce que nous vivons, et relayer nos revendications !

Il y aurait bien davantage à écrire sur le sujet des enjeux trans en astrologie, et j’y consacrerais sans doute d’autres articles dans le futur. Pour rappel, j’ai écrit des recommandations de bonnes pratiques vis-à-vis des personnes trans, pensées particulièrement pour mes collègues astrologues et cartomancien·nes mais sûrement applicables plus largement. Ci-dessous, j’ai comme d’habitude inclus des ressources pour aller plus loin ; en ce qui concerne les questions trans j’ai essayé de mettre le plus de sources francophones possibles.

Sources et références sélectives

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