Les signes "féminins" et "masculins" en astrologie

Signes « masculins » et « féminins » en astrologie

Dans la plupart des manuels sur les bases de l’astrologie, on trouve des descriptions des signes du zodiaque qui incluent la distinction « masculin » et « féminin » . J’ai déjà évoqué ce que j’en pensais courtement dans des articles consacrés aux signes du zodiaque, mais suite à une discussion avec une collègue, il m’a semblé intéressant d’y consacrer un article.

Ma collègue m’a demandé, grosso modo, comment je pensais que cette binarité « féminin » / « masculin » dans les signes du zodiaque pouvait être abordée en rendant le propos inclusif. Les signes du zodiaque sont en effet catégorisés d’une variété de manières : par élément ou triplicité (Feu, Terre, Air, Eau), par quadruplicité (cardinal, fixe, mutable), et enfin, par « genre » : féminin ou masculin.

Lorsque l’on demande des explications sur ce « genre » , certain·es prétendent qu’il ne s’agit pas de genre comme on l’entend pour décrire hommes et femmes, mais que c’est une « énergie » et ce qui est généralement mis en avant est une qualité active d’une part, passive ou réceptive d’autre part. À l’évidence, utiliser un vocabulaire genré pour transmettre ce concept renforce des stéréotypes essentialistes extrêmement misogynes : l’idée selon laquelle une femme est forcément passive et réceptive plutôt qu’orientée vers l’action. Je ne souscris bien sûr pas à ces poncifs, donc je ne vois strictement aucun intérêt à utiliser « féminin » et « masculin » pour décrire les signes du zodiaque.

Plutôt qu’utiliser des termes si genrés, je favorise « diurne » et « nocturne » , ce qui me semble bien plus parlant. Le Soleil, luminaire qui dirige l’équipe diurne au sein des planètes, a pour rôle d’émettre, de rayonner. Le Soleil est en domicile dans le signe fixe de Feu, Lion, où l’on trouve des thèmes de royauté, d’autorité centralisée, de consolidation de l’individualité. Son exaltation est dans le signe cardinal de Feu du Bélier : l’action décisive. La Lune, luminaire qui dirige l’équipe nocturne au sein des planètes, reçoit et reflète la lumière Solaire. Elle gouverne un signe d’Eau, Cancer, qui représente (entre autres) des dynamiques nourricières et protectrices, et trouve son exaltation dans le signe de Terre fixe du Taureau, domicile de Vénus, la planète qui harmonise, embellit, facilite et renforce les liens entre les individus.

Ainsi, pour revenir aux signes du zodiaque, chaque planète du septénaire à l’exception des luminaires dispose d’un domicile diurne et un domicile nocturne dans le zodiaque, et ce quelle que soit l’équipe à laquelle cette planète appartient. Ci-dessous, un tableau récapitulatif.

PlanèteÉquipeDomicile diurneDomicile nocturne
Mercuredépend de sa phaseGémeaux ♊Vierge ♍
VénusnocturneBalance ♎Taureau ♉
MarsnocturneBélier ♈Scorpion ♏
JupiterdiurneSagittaire ♐Poissons ♓
SaturnediurneVerseau ♒Capricorne ♑

Chaque planète va illustrer des facettes et nuances différentes en fonction du domicile dans lequel elle se trouve. Par exemple, en Sagittaire, Jupiter est particulièrement dynamique, tandis qu’en Poissons son expression peut se faire plus contemplative. Dans les deux cas, Jupiter est dignifiée et en mesure de remplir son rôle avec ses outils de prédilection, amenant perspective, cohésion, bonhomie, optimisme, érudition, abondance, générosité, etc. Mais en Sagittaire il peut y avoir un côté plus battant (voire prosélyte !), et en Poissons quelque chose de plus mystique, rêveur voire éthéré.

Prenons un autre exemple, celui de Mars ; le rôle de cette planète est de séparer, trancher. Le feu consume et sépare en brûlant, de manière très visible et dramatique, et souvent très rapide. L’eau peut aussi être très destructrice, mais le processus est souvent plus lent. Même lors d’évènements particulièrement impressionnants comme un tsunami, l’eau commence par se retirer, puis avancer et monter lentement mais sûrement, et non comme on peut se l’imaginer parfois comme une vague de 20 mètres de haut. Il me semble plus facile de sous-estimer une inondation progressive qu’un immense feu de forêt. Ainsi, Mars en Scorpion excelle dans la stratégie et la discrétion, là où la force de Mars en Bélier se trouve plutôt dans la capacité à s’affirmer, à réagir au quart de tour et à foncer sans hésiter.

Demetra George écrit que les activités des planètes situées en signes diurnes vont plus vite, tandis que celles en signes nocturnes se meuvent plus lentement, arrivent plus tard et prennent plus de temps à atteindre leur conclusion. Elle donne l’exemple de Mercure, et considère ainsi que Mercure dans un signe diurne pense et parle vite, tandis que Mercure dans un signe nocturne prend davantage de temps à formuler et communiquer ses pensées, avec la possibilité qu’elles soient mieux soupesées.

Certaines personnes subsituent « féminin » et « masculin » par « yin » et « yang » . Voici ce que Wikipédia dit de ces principes :

Dans la philosophie chinoise et notamment le taoïsme, le yin et le yang sont deux catégories qui, par leur complémentarité et leur opposition, se prêtent à une première analyse de tous les phénomènes de la vie et du cosmos. Il ne s’agit pas de substances fondamentales, ni de forces ou énergies, mais simplement une paire de concepts susceptible de préciser les composantes d’une quelconque dualité. Le symbole du Yīn et du Yang, le tàijí tú (☯) est bien connu dans le monde entier. Le Yin, représenté en noir, évoque entre autres, le principe féminin, la lune, l’obscurité, la fraîcheur, la réceptivité, etc. Le Yang quant à lui (laissant apparaître le fond blanc), représente entre autres le principe masculin, le soleil, la luminosité, la chaleur, l’élan, l’action, etc. Liés par leur étymologie à des oppositions concrètes entre ciel couvert et ciel dégagé, ombre et lumière, le yin et le yang deviennent plus abstraits quand vers le troisième siècle avant notre ère, ils deviennent pertinents dans le champ de la cosmologie en tant que « puissances d’animation qui président au dynamisme de la nature et à la transformation des êtres et des choses » .

Je n’ai pas mes racines dans ce contexte philosophie et culturel, et j’estime ne pas l’avoir suffisamment étudié pour m’exprimer à ce sujet davantage, encore moins pour en emprunter des notions. Il ne me semble donc pas approprié, dans mon cas, de parler de yin et yang pour qualifier les signes astrologiques ; je ne serais pas en mesure d’expliquer ce que cela recouvre avec les nuances nécessaires. Bien que « diurne » et « nocturne » soient des termes qui englobent moins de contrastes, je les trouve éloquents quoiqu’il en soit.

Bien que j’apprécie énormément d’étudier des traditions anciennes (antiques, médiévales, etc) et que cela informe ma pratique en tant qu’astrologue, je ne laisse pas mon esprit critique et mes principes éthiques de côté pour le faire. Je n’ai donc aucune complaisance envers la misogynie, le racisme, l’homophobie et autres discriminations qui peuvent imprégner certains textes de mes prédécesseurs. J’ai une immense reconnaissance envers les astrologues qui m’ont précédé·e et l’héritage dont nous disposons, mais sacraliser les biais dangereux dont iels ont pu faire preuve n’est pas une vertu.

Bien entendu, je ne suis pas la seule personne à réfléchir sur ses sujets. Un bon nombre de mes collègues anglophones n’utilisent pas non plus « masculin » et « féminin » pour décrire les signes. Chez mes collègues francophones, comme je le mentionnais dans l’article sur les transidentités en astrologie, Mathilde Fachan vient de publier « Le zodiaque a-t-il un sexe ?«  que j’ai hâte de parcourir !


J’espère que cet article pourra faciliter des réflexions intéressantes. Les articles que je publie sur ce blog sont le fruit de beaucoup d’étude et de recherche bénévole pour rendre les connaissances astrologiques plus accessibles ; si vous souhaitez soutenir ce travail et si la perspective de contenus exclusifs (non publiés sur ce blog) vous intéresse, je vous encourage à aller voir ma page Patreon. Si vous avez des questions, des remarques, des recommandations de ressources ou des critiques constructives, n’hésitez pas à les laisser en commentaires !

Sources et références sélectives
  • Hellenistic Astrology: The Study of Fate and Fortune, Chris Brennan
  • Ancient Astrology in Theory and Practice, Demetra George
  • On The Heavenly Spheres, Helena Avelar & Luis Ribeiro

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