Il y a quelque temps, je lisais un ouvrage scientifique sur l’histoire du ciel, qui me semblait assez sérieux [1]. De nombreux·ses scientifiques professionnel·les ont travaillé à son élaboration, et j’étais ravi de trouver des informations pointues. Comme il s’agissait non seulement d’astronomie mais aussi de cosmogonies, il n’est pas étonnant que l’astrologie soit abordée quelque peu. En l’occurrence, un encart a attiré mon attention : « L’obsolence astronomique du zodiaque astrologique » .
Je cite : « Les prédictions astrologiques, qui supposent un effet direct des astres sur les humains, n’ont aucun fondement scientifique. La position du point vernal — où se croisent le cercle de l’écliptique et celui de l’équateur — et le rôle de la constellation du Bélier le montrent. Ce point, situé dans le Bélier à l’époque d’Hipparque, est aujourd’hui dans les Poissons, et sera dans le Verseau au siècle prochain. Ceci résulte de la précession des équinoxes.«
Imaginez ma déception quant à la rigueur de l’ouvrage, car il y a plus d’un souci avec ce court paragraphe !
Tout d’abord, les auteur·ices commettent la grossière erreur d’amalgamer zodiaque et constellations. Le zodiaque, en tant que découpage symbolique de 30° par signe, n’a jamais été parfaitement calqué sur les constellations. C’est une évidence, et les astrologues un tant soit peu sérieux sont bien au courant. Qu’il s’agisse d’ignorance ou d’ignorance feinte, la confusion me semble assez grave.
Par ailleurs, ce paragraphe élude complètement la question du zodiaque sidéral, qui est pourtant utilisé en astrologie Védique par des millions de personnes. Le zodiaque tropical se cale sur le mouvement du Soleil et ses saisons, tandis que le zodiaque sidéral continue de prendre les étoiles pour référence, et observe donc la précession. Prétendre que « le zodiaque » est obsolète car il ignore la précession, c’est donc faire comme si les traditions Védiques, pourtant continues depuis quelques millénaires, n’existaient pas… Et cette information au sujet du zodiaque sidéral n’est pas difficile à trouver, je trouve donc cette omission inquiétante en ce qui concerne la capacité des auteur·ices à faire des recherches basiques sur le sujet.
[Nota bene : J’ai écrit sur la distinction entre zodiaques tropical et sidéral dans un article prédécent.]
Quant à l’effet direct des astres sur les humains, c’est loin de faire l’unanimité chez les astrologues. Certain·es préfèrent parler des astres comme d’une gigantesque horloge céleste, qui nous indique l’heure qu’il est mais ne cause pas les évènements. D’autres pointent que comme la Lune a des effets tangibles sur les marées et autres phénomènes terrestres, il n’est pas si impensable que la danse des astres puissent nous affecter de manière physique, comme le suggèrent des cosmologies plus anciennes.
Personnellement, en tant qu’animiste je trouve ces questions quelque peu inintéressantes. Je considère qu’il y a une interconnexion entre les êtres vivants, et cela inclut les astres. Je constate depuis des années que l’on peut trouver des informations au sujet de nos trajectoires de vie en observant les mouvements des astres au moment de notre naissance et plus tard.
J’estime bien évidemment les nombreux apports de la recherche scientifique, qu’il s’agisse de l’astronomie, de la médecine, entre autres. Cependant, prétendre à une validité scientifique m’intéresse peu ; les critères scientifiques s’évertuent à ridiculiser tout ce qui se rapproche de l’animisme pour imposer une vision du monde matérialiste, qui érige souvent l’être humain en supérieur, seul capable de pensée intelligente. Je ne souscris pas à ces croyances et je ne cherche pas à me faire respectable parmi ses porte-paroles. J’ai donc peu d’espoir de dialogue sensé avec des astronomes qui veulent à tout prix se mettre à distance de l’astrologie, mais je demeure agacé de voir le manque de cohérence dans des discours scientifiques au sujet de l’astrologie.
En l’occurrence, à la décharge des auteur·ices, il me semble tout à fait avisé de préciser, dans un ouvrage pour le grand public, que l’astrologie ne se fonde pas sur la science moderne. En tant que pratique divinatoire basée sur l’astronomie, il est évident que la confusion peut être présente : il arrive que quand je me présente comme astrologue, on me prenne pour astronome, par pure méconnaissance des termes.
Cependant, il est possible de faire cela sans étaler son ignorance au sujet des bases de l’astrologie… Par exemple, ce paragraphe aurait pu se formuler ainsi :
« L’astrologie n’est pas une discipline scientifique, bien qu’elle soit basée sur l’astronomie et qu’historiquement, astrologie et astronomie furent liées. À l’époque d’Hipparque, le point vernal — où se croisent le cercle de l’écliptique et celui de l’équateur — correspondait au début de la constellation du Bélier. Ce n’est plus le cas aujourd’hui du fait de la précession. L’astrologie fait usage d’un découpage symbolique de l’écliptique, appelés signes du zodiaque, qui ne sont pas proportionnés aux constellations mais qui s’en inspirent. Il existe différentes méthodes de calculs pour le zodiaque : le zodiaque sidéral observe la précession, tandis que le zodiaque tropical priorise le mouvement du Soleil. »
On peut donc conserver les mêmes informations cruciales :
- l’astrologie ne suit pas les préceptes de la science moderne
- il y a un lien entre astrologie et astronomie mais ce sont des disciplines distinctes à l’heure actuelle
- à l’époque d’Hipparque, le point vernal collait avec le Bélier, mais plus aujourd’hui
- l’importance de la précession
Pour éviter une désinformation négligente, on peut ajouter que la précession est observée par le zodiaque sidéral, sans pour autant que ce dernier soit davantage dans les critères scientifiques que le zodiaque tropical, puisqu’il s’agit de toute façon de symboles utilisés pour diviner, avec un découpage standardisé pour créer un système équilibré.
Bref, si vous écrivez un ouvrage scientifique qui mentionne l’astrologie et que vous n’y connaissez rien, contactez-moi pour vous assurer de ne pas raconter n’importe quoi !
Le zodiaque obsolète ?
Alors, le zodiaque est-il obsolète ? Il s’agit de se demander pour qui. Pour des personnes attachées à ne s’intéresser qu’à ce qui est validé par la méthode scientifique en vigueur, oui. Pour quiconque s’intéresse à la divination via les astres et son histoire, non. Voilà !
Notes
[1] Le livre que je cite est « Atlas historique du ciel » par Pierre Léna et Christian Grataloup, éditions Les Arènes.
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