Lecture : Fixed Stars in the Chart, Oscar Hofman, azurastrologue.fr

Lecture : Fixed Stars in the chart, Oscar Hofman

Cet article traite du livre Fixed Stars in the Chart: Constellations, Lunar Mansions and Mythology, de l’astrologue néerlandais Oscar Hofman, publié en 2019.

couverture du livre

Je ne peux pas dire, hélas, que j’ai apprécié ce livre. C’est un des ouvrages fréquemment recommandés lorsque l’on s’intéresse aux étoiles fixes. Bien que Hofman n’utilise que les degrés projetés sur l’écliptique et non la méthode des parans que j’utilise le plus, je pensais que le livre pourrait apporter des informations intéressantes que je ne trouverais peut-être pas ailleurs. Au final, c’était une immense déception.

L’auteur a le mérite d’avoir une prose claire et facile à lire. Cependant, à choisir, je préfère sans doute quelqu’un qui a un style un peu trop ouvragé voire redondant (je regarde dans ta direction Richard Tarnas) mais qui amène des idées intéressantes et nuancées, plutôt qu’une prose directe et synthétique dont la substance est aussi médiocre que celle d’Oscar Hofman. Plusieurs éléments m’ont beaucoup déplu au cours de ma lecture de Fixed Stars in the Chart.

Oscar Hofman a des avis très tranchés sur un certain nombre de choses. Il semble fréquemment se contredire si on fait la somme de tous ses avis arrêtés. Parfois il explique la logique de telle déclaration, parfois il se contente d’édicter une règle sans chercher d’explications. On dirait qu’il justifie ce qu’il dit seulement quand ça l’arrange. Personnellement, je n’ai pas tellement de problème à expérimenter avec des techniques dont les origines sont mystérieuses ou ne paraissent pas « logiques » au premier regard si je m’y sens appelé·e, et j’apprécie l’absence de fausses prétentions à ce sujet. À mon humble avis, essayer de prendre des grands airs scientifiques en tout temps lorsque l’on est astrologue reflète surtout un complexe intellectuel, et une difficulté à assumer ce qu’est l’astrologie. L’astrologue est un art divinatoire, pas une science dure, et prétendre le contraire nous mène à l’hubris et à des erreurs grossières.

Pour donner un exemple de ces avis très arrêtés, quand Hofman écrit sur la constellation Argo Navis, il aborde Canopus, Markab et Foramen, puis clôt de manière péremptoire : « Les subdivisions modernes de cette constellation doivent bien sûr être ignorées » . J’aurais aimé qu’il développe son point de vue davantage ! Pourquoi ignorer les développements récents ? Les a-t-il testés et détestés ? Considère-t-il l’idée même risible ? C’est dommage de s’en tenir à cette déclaration lapidaire sans l’expliquer.

Hofman semble énormément se baser sur le livre The Fixed Stars and Constellations in Astrology de Vivian Robson. Je n’apprécie pas particulièrement le travail de Robson, qui a une vision catastrophisante des étoiles et ne source rien. Hofman prend le même chemin. Il fournit davantage de mots-clés et d’explications, mais ses délinéations manquent énormément de nuance, et le plus souvent montrent davantage ses propres biais désagréables qu’autre chose.

Plus décevant encore, la manière dont Hofman aborde les traditions Védiques. Je le trouve extrêmement cavalier, réducteur et désagréable. Il considère parfaitement normal d’aller piocher dans les notions Védiques en les tronquant allègrement, pour ensuite faire une tambouille avec des notions différentes dites occidentales. Il dit qu’il est « possible de traduire la mythologie indienne en mythes occidentaux car leur essence s’avère être la même » , puis quelques lignes plus loin explique qu’il omet le concept de karma de ses délinéations car ce concept ne fonctionnerait pas bien dans un contexte spirituel occidental. Il me paraît complètement aberrant de prétendre comprendre un ensemble de traditions millénaires et en extraire quelques éléments pour en dédaigner d’autres ainsi. Il fait plusieurs fois référence aux traditions Védiques comme à une seule discipline unifiée, alors qu’il existe de nombreuses lignées différentes, qui peuvent avoir leurs approches spécifiques. Cela en soi traduit son ignorance.

Son traitement des mansions Lunaires est un exemple marquant de son traitement par-dessus la jambe de l’astrologie Védique. Il explique qu’il faut seulement considérer le placement de la Lune en mansions Lunaires, et poursuit (traduction mienne) :

Tout ceci doit être approché avec discipline et un esprit de discernement et de prudence. De cette manière un modèle réduit est créé, qui profite de manière optimale de la richesse d’information Védique mais qui reste totalement Occidentale. L’astrologie Védique fonctionne ici seulement comme source d’information, mais en faisant ce lien, d’autres choses deviendront claires sur le système Védique qui ne sont pas trouvées dans cette tradition. Donc c’est fructueux pour les deux côtés.

Fixed Stars in the Chart, Oscar Hofman, p.90

Je suis scié·e par tant d’arrogance. Non seulement Hofman s’arroge le droit de traiter les traditions astrologiques Védiques comme démontables et exploitables pour l’Occident, mais en plus il a le culot de considérer qu’il rend un service à l’astrologie Védique ce faisant. On aura tout vu !

D’autres éléments m’ont agacé. Hofman semble chrétien et sa manière de considérer le christianisme (ou a minima les traditions morales chrétiennes) comme la Vérité supérieure transparaît à beaucoup d’endroits. Le conservatisme de l’auteur ressort énormément aussi, et son point de vue très biaisé sur différentes biographies est particulièrement pénible. Il parle d’immoralité et d’égoïsme en décrivant Madonna, puis en parlant de sa vie amoureuse, considère que le fait qu’elle n’ait été mariée que deux fois est « plutôt restreint considérant son statut de mégastar », et cite le sextile de Jupiter à la planète dirigeant la maison 7 comme un facteur de mitigation pouvant expliquer cela, bien que le Soleil se trouve dans une maison difficile. Il ignore complètement le fait qu’un de ces mariages a été un désastre, avec des violences conjugales envers Madonna de la part de Sean Penn. Il semblerait que du point de vue de Hofman, ne pas avoir été mariée 4 fois soit une réussite, peu importe le reste.

La misogynie de l’auteur est également flagrante lorsqu’il aborde Algol. En détaillant le thème de Salvador Dalí, il parle de cette étoile et évoque une des versions du mythe de Méduse associé à Algol, dans laquelle Méduse a des relations sexuelles consensuelles avec Poséidon dans le temple d’Athéna. Énormément de versions de ce mythe considèrent plutôt que Méduse a été violée par Poséidon, mais Hofman ne le mentionne pas. Il poursuit :

Les interprétations féministes de cette histoire se plantent quelque peu ici ; cette histoire n’a rien à voir avec la position des femmes dans l’histoire ou la société maintenant ou à l’époque. La tâche essentielle est de devenir le héros Persée, pour les femmes comme pour les hommes, et de couper la tête du monstre du désir qui détruit la clarté de la pensée.

Fixed Stars in the Chart, Oscar Hofman, p.150

Merci le mansplaining ! De quelle autorité peut-il affirmer ce qu’un mythe signifie ou non ainsi ? D’où s’arroge-t-il le droit de décider que les interprétations féministes sont fausses ? Cette déclaration ne se base sur rien de concret à part son sexisme. Sa vision du désir me semble assez typique du puritanisme chrétien qui considère la chair comme le péché qui sépare de la divine pensée.

Les idées douteuses de Hofman concernent aussi le royalisme. En commentant le thème natal de Louis XVI, il décrit sa mort comme dramatique et humiliante aux mains d’extrémistes, « une exécution publique comme s’il n’était pas un roi mais un criminel ordinaire ». Il semble particulièrement chagriné qu’un roi n’ait pas connu des égards spécifiques dans ce contexte. Faut-il rappeler que la révolution est un mouvement de révolte face à l’exploitation sans vergogne de la royauté et de la noblesse ? Pourquoi des révolutionnaires auraient-ils enveloppé Louis XVI dans des feuilles d’or avant de l’exécuter ? Toute leur démarche consiste justement à ne plus reconnaître au roi une autorité divine. Je dois dire que je suis fatigué·e de l’indignation à deux vitesses des gens qui se plaisent à aduler des familles royales qui pourtant ne font rien de remarquable (bien au contraire), tout en méprisant les gens « du peuple » qui peinent à se chauffer et se nourrir (et ce, encore aujourd’hui — j’aimerais que les Windsor rendent l’argent).

Je trouve aussi particulièrement douteux l’analyse négative que l’auteur fait de certains placements, et d’une manière générale son arrogance à prétendre pouvoir discerner les valeurs morales et éthiques de quelqu’un en examinant son thème natal. Ainsi, il fait une lecture lapidaire du thème natal d’Adolf Hitler, dont je trouve les implications particulièrement dérangeantes. Que devraient donc en penser des personnes qui liraient ce livre et dont la nativité présente des similarités avec celle d’un dictateur génocidaire ? Ce genre d’essentialisme est extrêmement dangereux.

Un point perturbant au niveau technique : la notation du thème natal de Madonna n’est pas AA comme Hofman le prétend. Aux dernières nouvelles, son heure de naissance est inconnue. Je n’ai pas pris le temps de vérifier l’exactitude de toutes les données de naissances fournies dans le livre, mais je trouve cette approximation-là inquiétante. À d’autres endroits, la notation est absente (Frida Kahlo, Louis XVI, Alan Leo, Curro Romero, Nikola Tesla), et ce même quand la notation est en faite bonne (AA pour Frida Kahlo).

Autre bizarrerie technique, Hofman semble ignorer ce qu’est réellement la réception mutuelle. Il utilise ces termes pour décrire Saturne en Scorpion et Mars en Balance dans le thème de Magaret Thatcher, qualifiant la configuration comme « en forte réception mutuelle ». La réception mutuelle est une configuration dans laquelle deux planètes ont échangé leur domiciles et sont en aspect, ce qui n’est pas le cas ici : ce sont deux signes mitoyens, il n’y a pas d’aspect. On appellerait donc cela une générosité, et non une réception mutuelle. Je m’étonne que Hofman l’ignore, mais aussi qu’aucun·e relecteur·ice n’ait relevé cette erreur grossière.

En conclusion, je n’ai vraiment pas apprécié Fixed Stars in the Chart et je ne le recommanderais vraiment pas. Si vous vous intéressez aux étoiles fixes, vous en retirerez quelques éléments intéressants mais beaucoup d’autres ouvrages seront bien plus instructifs.

Si vous avez lu Fixed Stars in the Chart, n’hésitez pas à laisser un commentaire pour me dire ce que vous en avez pensé pour votre part !

2 réflexions sur “Lecture : Fixed Stars in the chart, Oscar Hofman

  1. C’est particulièrement pénible cette manie des interprétations catastrophiques pour les étoiles fixes, j’ai l’impression de retrouver les très vieux bouquin d’astro traditionnelle où Mars et Saturne étaient hyper maléfique ! Merci pour ta critique, un bouquin que je vais fuir comme la peste, oups ! le Covid 😉

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