photographie de la basilique Saint-Pierre du Vatican, Wikimedia

L’astrologie de la Basilique St-Pierre du Vatican

J’ai entendu parler de l’astrologie de la construction de la Basilique St-Pierre du Vatican dans une conférence de Nina Gryphon et cela a attisé ma curiosité. Je suis donc allé voir le thème, choisi par les astrologues de l’époque, pour le lancement de la construction de ce bâtiment si iconique… Et j’ai été complètement déconcerté·e. Je ne comprends pas que les astrologues aient pensé que ce thème serait auspicieux. Il est, selon moi, assez désastreux pour une élection de ce type. Voici pourquoi.

L’horaire de 10h est fourni par Sigismondo dei Conti, le secrétaire papal de l’époque.

Je n’ai affiché sur la carte que les astres dont les astrologues de l’époque disposaient : le septénaire, les planètes visibles à l’œil nu. Uranus, Neptune, Pluton et les astéroïdes que j’utilise d’habitude ne seront donc pas pris en compte ici. J’ignore si les Nœuds Lunaires prenaient une place très importante dans l’astrologie papale de l’époque, mais je les ai inclus car c’était déjà une notion bien développée en astrologie à ce moment-là.

J’analyse les thèmes avec Signes Entiers en général, mais dans ce cas précis, j’ai aussi regardé le thème selon une domification à cadrant, car il est possible que cela ait influé sur le choix de l’élection à l’époque.

Tout d’abord, le choix de l’Ascendant : Cancer, troisième décan. Le Milieu du Ciel tombe en Bélier premier décan. L’Ascendant a été choisi en référence au Thema Mundi, le thème natal mythique de la création du monde. Le pape l’aurait aussi favorisée car son Milieu du Ciel se trouve en Cancer (au milieu d’un stellium considérable). La logique est charmante d’un point de vue symbolique, mais cet Ascendant est-il le plus appropriée pour ce projet précis ? Je trouve que non.

façade de la basilique Saint-Pierre
façade de la basilique Saint-Pierre

Pour bâtir quelque chose que l’on veut voir endurer, ne serait-il pas préférable de choisir un Ascendant fixe ? Ou a minima, un Ascendant qui ne soit pas dirigé par l’astre le plus rapide et changeant du septénaire ? Au moins, on ne peut pas reprocher à ce thème d’avoir une Lune en posture désastreuse. En Poissons, elle n’est pas particulièrement dignifiée, mais elle est configurée en trigone supérieur à l’Ascendant, dans la maison de la religion, ce qui semble approprié ! Elle n’est pas affligée par Saturne ou Mars, ce qui est un bon point. Cependant, elle est décroissante dans un thème de jour, et elle dépend d’une planète affaiblie, Jupiter, à laquelle elle est configurée par une opposition séparante. Elle se sépare aussi d’un sextile au Soleil, tandis qu’idéalement on aimerait une Lune qui applique des aspects harmonieux aux planètes que l’on souhaite valoriser.

La Lune est loin d’être le défaut majeur de ce thème, cependant. Il s’agit d’un thème de jour : Jupiter est donc la planète qui est considérée comme la plus bénéfique. En Signes Entiers comme en Placidus et Regiomontanus, Jupiter se trouve en maison 3. Ce n’est pas la maison qui valorise le plus Jupiter, mais comme il s’agit d’un thème religieux, on pourrait arguer que mettre en avant l’axe 3-9 peut être intéressant. Là où les choses se corsent, c’est que Jupiter est en très mauvaise condition : en exil, rétrograde, en aversion à son dépositaire… Le trigone du Soleil est un fort soutien, mais ça ne suffit pas vraiment à sauver les meubles. Ce placement est désastreux d’un point de vue électif. On voudrait que la bénéfique du thème soit valorisée par dignité essentielle ou au moins accidentelle, et qu’elle soit en mesure de bonifier d’autres parties du thème par aspect supérieur. Ici, Jupiter n’a le dessus sur personne. C’est plus que dommage.

Le Soleil n’est pas mal en point. Il n’a aucune dignité particulière là où il se trouve, mais plutôt bien placé en maison ; 11 en Signes Entiers, 10 pour les autres domifications. Cependant, ses relations avec le reste des planètes laissent à désirer. Le carré à Saturne et Mars, en particulier, annonce des problèmes. Le Soleil approche aussi d’un carré aux Nœuds Lunaires, ce qui est considéré inauspicieux. Le Soleil n’est soutenu par personne, à part un sextile séparant plutôt faible de la Lune.

Mercure bénéficie d’une dignité accidentelle en maison angulaire, et sa configuration en trigone très serré à son dépositaire Mars est une bonne nouvelle. Vénus, en revanche, est en exil en Bélier, et à 11° du Soleil, elle est sous les rayons. Ce n’est pas un placement des plus faciles pour cette planète, d’autant qu’elle gouverne la maison où se trouve le Soleil, et le Fonds du Ciel : on la voudrait donc plus en forme.

Mais le pompon, ce qui me plonge dans la confusion et la perplexité, c’est le choix du placement de Saturne et Mars. Ce sont les deux planètes qui tendent le plus spontanément vers les extrêmes, et qui sont associées aux significations les plus potentiellement problématiques, ce qui leur vaut le qualificatif de « maléfiques », même si leur expression n’est pas forcément aussi négative que ce nom pourrait le laisser penser. Dans n’importe quelle élection, on voudrait donc s’assurer que leur posture limite les dégâts. Il est aussi notable que les conjonctions et coprésences de Saturne et Mars sont considérées hautement inauspicieuses ; tous les aspects durs entre ces deux planètes sont idéalement à éviter dans une élection, mais la coprésence concentre leur capacité à nuire dans une seule maison (ou éventuellement deux, selon la domification), et cela met une grande pression sur cette partie du thème. La seule potentielle exception à cela serait une coprésence en Capricorne, où les deux planètes sont dignifiées : Saturne en domicile, et Mars exaltée. Mais même ce cas de figure nécessiterait des précautions. Ici, aucune des deux planètes n’a de dignité par signe, et plus que cela, Saturne est en exil !

dôme de la basilique Saint-Pierre
Le dôme de la basilique Saint-Pierre

En Signes Entiers, cette malheureuse coprésence tombe en maison 2 des finances et des ressources. Il est notable que le Nœud Sud, qui a une fonction de diminution, s’y trouve aussi. On pourrait voir le bon côté des choses, se disant qu’au moins le Nœud Sud diminue la capacité de nuire de Saturne et Mars. Mais on peut aussi considérer que sa présence indique une diminution des ressources… Avec d’autres domifications, Saturne est en maison 1, et Mars en maison 2 ; Mars étant la planète la plus difficile dans un thème de jour, le problème demeure. Ce thème promettait du grabuge pour les ressources de l’Église. Il est très déconcertant que ce défaut évident n’ait pas été pris en compte.

Jules II en appela aux monarques chrétiens pour obtenir de l’argent afin de construire la basilique : on estime aujourd’hui que le coût total de la construction avoisine les 47 millions de ducats, soit entre 5 et 8 millions de dollars. L’argent n’arriva pas en quantités suffisantes, et l’Église eut recours à la vente d’indulgences afin de couvrir les coûts. Au sein du catholicisme, on appelle indulgence une rémission totale ou partielle devant Dieu des péchés. Jules II autorise donc une indulgence pour quiconque aide à la construction de la basilique. Au cours du 16ème siècle, la vente des indulgences est de plus en plus perçue comme une forme de corruption contraire aux principes élémentaires du christianisme, et c’est notamment une des raisons qui pousse Martin Luther à se rebeller contre l’Église, générant ainsi une chrétienté alternative : le protestantisme. La « querelle des Indulgences » est donc l’une des causes du schisme entre catholiques et protestant·es.

Bien entendu, cette querelle ne peut pas être totalement imputée à Jules II et sa précieuse basilique ; la vente des indulgences précède cela. Mais on peut se demander à quel point cela a mis de l’huile sur le feu, ce qui est intéressant à considérer étant donné la position de Mars et Saturne dans la maison des finances.

illustration du Soleil

Apparemment, les astrologues voyaient d’un bon oeil que Saturne, la planète de l’autorité, se trouve dans le signe du Soleil, qui est associé à la figure paternelle et au divin. J’ai du mal à comprendre que l’on laisse autant de côté les principes basiques de l’astrologie, selon lesquels Saturne est en difficulté en Lion, le signe de son exil. Saturne aurait été bien placée en Balance, en Verseau, en Capricorne, à la rigueur en Vierge s’il fallait éviter d’attendre trop longtemps. Mais ce placement en Lion, en maison 1 ou 2, est une très mauvaise idée. Saturne peut certes illustrer une posture d’autorité, de structure, mais indique quoiqu’il en soit des limitations, des contraintes, des pertes. S’il fallait vraiment avoir Saturne en Lion, a minima il aurait été avisé de la placer dans une maison où les dégâts seraient moins graves.

Bref : en découvrant le thème de cette date, je n’ai vraiment pas saisi comment les astrologues du Vatican avaient pu faire preuve d’une telle incompétence. J’ai donc creusé le sujet pour tenter de comprendre davantage. Il semblerait que le pape de l’époque, Jules II, ait choisi la date pour son symbolisme religieux et politique, par rapport à une date précédente.

Pour bâtir la basilique Saint-Pierre, Jules II a fait démolir une basilique extrêmement ancienne, établie par Constantine sur la tombe de Saint-Pierre : lors de sa démolition, ce bâtiment avait plus de mille ans. Cette démolition n’a pas du tout été vue d’un bon œil par les contemporains de Jules II. Aussi, la date de la construction de la nouvelle basilique devait coïncider avec un festival précis, qui avait valeur symbolique par rapport à Constantine. Ce festival, Sabbato in albis, est le premier samedi qui suit Pâques et la date à laquelle Constantine a été baptisé. L’objectif était de signifier que Jules II ne détruisait pas mais reconstruisait, rénovait, marchant dans les traces de l’Église de jadis. En 1506, la date devait donc être le 18 avril, pour des raisons politiques.

Cela éclaircit d’emblée la compréhension du thème. Toutefois, au vu des alignements planétaires, j’aurais personnellement peut-être préféré attendre un an de plus plutôt que de construire à cette date… Mais si l’on se résout au fait de lancer la construction le 18 avril 1506, n’y avait-il tout de même pas moyen de choisir un meilleur Ascendant ? Voici ma proposition.

En lançant la construction à 13h45 plutôt qu’à 10h, Jupiter serait sur le degré de l’Ascendant ; cela bonifie l’Ascendant et ce qui lui est associé, même si la planète n’est pas au top de sa forme. L’Ascendant en Vierge ferait de Mercure le capitaine de l’Ascendant et du Milieu du Ciel. Mercure serait ainsi en maison 8, ce qui n’est pas l’idéal dans l’absolu, mais pour le thème d’une construction qui dépend grandement de l’argent des autres, cela ne semble pas si incohérent. Mercure est dans ses termes, de l’équipe du thème, et n’est pas sous les rayons. Sa conjonction à Vénus est aussi un bon point, même si celle-ci est affaiblie.

Le Soleil se réjouit en maison 9 ; en astrologie mondiale, le Soleil représente le pouvoir, la classe dirigeante. La maison 9 est associée à la religion. Ce placement semble parfaitement adapté à une entreprise papale !

Autre élément intéressant, le Lot de Fortune tombe en Cancer, non loin du degré de l’Ascendant dans le Thema Mundi. Les maisons dérivées depuis Fortune auraient donc satisfait la soif de mythe sans bousiller le potentiel concret de l’élection… !

L’une des sources que j’ai consultée m’a beaucoup amusée, car elle considère sérieusement que l’élection de 10h était auspicieuse. Comme la construction ne s’est pas déroulée comme prévu, traînant sur près d’un demi-siècle, un astrologue papal, Luca Gaurico, présuma que puisque cela se passait si mal, la construction n’avait pas dû être lancée au moment noté par Conti, mais plus tôt : il rectifia le thème, à 39 minutes plus tôt, soit 9h21. Je trouve cette péripétie particulièrement ironique : les deux thèmes sont désastreux. Il est vrai que le thème rectifié à 9h21 donne un Lot de Fortune conjoint à Algol, ce qui est loin d’être auspicieux. Mais le thème de 10h n’est pas considérablement mieux.

J’ai du mal à saisir comment un astrologue de cette époque a pu passer à côté des défauts du thème de Conti, alors que les règles astrologiques que j’applique à l’heure actuelle trouvent leur origine dans des textes qui datent de l’Antiquité. L’astrologie médiévale était différente, mais le fait d’ignorer à ce point-là les dignités essentielles et les préconisations électives basiques me semble aberrant.

basilique Saint-Pierre, photo par lorenzoclick https://www.flickr.com/photos/lorenzoclick/17338581296
photo par lorenzoclick (Flickr)

Bien sûr, la basilique Saint-Pierre est considérée encore aujourd’hui comme un bâtiment exceptionnel, c’est l’édifice religieux le plus important du catholicisme et un haut lieu de tourisme. Elle est considérée comme la plus grande conception architecturale de son temps et demeure l’un des monuments les plus visités au monde. C’est l’église catholique la plus grande au monde, et un lieu de pèlerinage notable. D’un certain point de vue, on peut donc considérer que l’élection n’était pas un échec cuisant, évidemment.

Quoiqu’il en soit, l’entretien de la basilique est toujours coûteux à ce jour ; on estime que 39,500 dollars sont dépensés chaque année pour cela, et davantage lorsque des renouvellements artistiques sont nécessaires (dorures, réparation des dalles, travaux du marbre). On estime que c’est un des bâtiments les plus chers à jamais avoir été construits. Par ailleurs, à l’été 2020, les finances liées à l’entretien de la basilique ont fait l’objet d’une enquête pour plus de transparence. Tout cela paraît cohérent avec les difficultés indiquées par Saturne et Mars dans la maison 2.

J’espère que cet article quelque peu inhabituel vous a plu si vous avez pris le temps de lire jusqu’au bout ; si vous le souhaitez, n’hésitez pas à me faire part de vos remarques en commentaires !

Sources et références :

4 réflexions sur “L’astrologie de la Basilique St-Pierre du Vatican

  1. Bonjour
    La date de pose de la 1ère pierre de Saint-Pierre de Rome a été choisie pour valoriser le thème astral du pape en fonction Jules II, né le 22 juin 1445, à Albisola Superiore (République de Gênes), à 13h15 (selon astrotheme) du calendrier julien.
    L’Ascendant de la pose de la 1ère pierre est conjointe du MC du thème du pape Jules II.

    Le 18 avril 1506, le pape est dans un fridaire de Jupiter (en Cancer maison X de son thème natal) et dans un sous-fridaire de la Lune (la popularité, en Verseau, nouveauté, maison IV, les racines).
    La Lune est le significateur général de la foule donc de la popularité.

    Pas de doute pour moi, la date de pose de la 1ère pierre de Saint-Pierre de Rome a bien été choisie pour valoriser le thème astral du pape en fonction Jules II.

    Si on se sert de la méthode d’Ibn Ezra pour le calcul des forces planétaires, Vénus est l’astre le plus fort du thème d’élection, avec 54 points c’est énorme. Vénus (la paix, l’amour) est une valeur importante pour le christianisme.
    Et le Soleil en Taureau maison X permet d’avoir un édifice religieux stable dans le temps.
    La Lune en Poisson, analogie avec le christianisme, surtout en maison IX, secteur de la religion…

    A bientôt
    Kevin Lagrange astrologue

    J’aime

    • Bonjour !
      Oui, j’ai fait brièvement allusion dans l’article au fait que l’Ascendant avait été choisi en fonction du thème de Jules II, mais merci pour ces détails additionnels sur les fridaires, qui ne sont pas dans mon champ d’expertise actuel !

      J’aime

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