À titre personnel, j’utilise rarement les termes d’astrologie « prédictive » ou « prévisionnelle ». Pourtant, j’imagine que si l’on devait décrire mes pratiques, elles rentreraient en partie dans cette catégorie. Cet article vise à explorer ce que l’on entend par ces termes, et pourquoi je ne m’y identifie pas plus que ça.
Définir l’astrologie
Avant de sous-catégoriser, il me semble important de donner une définition générale de l’astrologie. J’aime celle que donne mon enseignant Chris Brennan : l’étude des évènements célestes et de leur corrélation avec les évènements terrestres, soit la manière dont les mouvements des astres peuvent refléter nos circonstances.
Bien que la branche de l’astrologie la plus connue à l’heure actuelle soit l’astrologie natale, soit l’étude du moment de la naissance de quelqu’un, appelé thème natal, ce n’est pas la seule branche existante. L’astrologie mondiale étudie les foules, les nations, les dynamiques collectives comme les guerres et traités de paix, la fondation d’un bâtiment historique, ou les pandémies ; l’astrologie élective est l’art de sélectionner une date auspicieuse selon des critères astrologiques ; l’astrologie horaire est une modalité divinatoire selon laquelle on pose une question, et l’astrologue étudie le thème du moment auquel la question lui a été posée pour y répondre.
L’astrologie a une histoire longue et riche, et tout·e astrologue contemporaine fait face à un certain nombre de choix quant aux techniques à utiliser ou non. On ne peut se spécialiser dans toutes les formes d’astrologie qui existent, car il y en a une variété trop immense. Cette densité dans les traditions dont on hérite est souvent bien aplatie lorsque l’astrologie est marquetée pour le grand public. La tentative de commercialisation à tout prix de l’astrologie mène malheureusement à un appauvrissement de la transmission astrologique. De ce fait, il peut y avoir un certain nombre d’incompréhensions sur la nature même de l’astrologie.
Ainsi, je crois qu’un bon nombre de personnes qui ne connaissent pas grand-chose à l’astrologie concèderaient toutefois qu’il y a une différence notable entre un horoscope de magazine qui ne serait pas écrit par un·e astrologue, et une consultation avec un·e astrologue, ou un livre d’astrologie bien écrit. Nota bene : tous les horoscopes de magazine ne sont pas nécessairement médiocres, certaines revues emploient des astrologues qualifié·es ! À l’inverse, toute consultation d’astrologie n’est pas nécessairement formidable, et il existe des livres franchement bof, surtout vu que la profession n’est pas régulée.
Une distinction relativement récente, à l’échelle de l’histoire de l’astrologie, est celle d’une astrologie dite « psychologique » et d’une astrologie qui se dit plutôt « prédictive », ou « prévisionnelle ».
Psychologique vs prédictif
Le terme de « psychologique » peut être trompeur, car il n’implique pas nécessairement que l’astrologue qui pratique une astrologique de ce type soit formé à la psychologie pour autant. Là encore, la profession n’étant pas régulée, il n’y a pas d’obligation à avoir une quelconque classification en psychologie pour se réclamer de l’astrologie psychologique, de manière similaire à l’utilisation de ce terme dans le cadre de la cartomancie.
En effet, pour les personnes qui tirent les cartes professionnellement, une distinction est parfois faite entre « Tarot psychologique » et « Tarot divinatoire ». Certaines personnes souhaitent se mettre à distance d’une pratique explicitement divinatoire, et mettre l’emphase sur un processus introspectif, du tirage de Tarot comme un miroir pour l’individu.
De la même manière, certain·es astrologues prennent des distances de la conceptualisation de l’astrologie comme une pratique divinatoire, et mettent en avant leur pratique comme étant strictement un outil de compréhension de soi, ou alternativement, une sorte de science « douce » incomprise.
Personnellement, je considère à ce stade qu‘il faut un bon niveau de déni pour pratiquer l’astrologie ou la cartomancie à long terme et continuer de maintenir que cela n’a rien de divinatoire et qu’il s’agit strictement d’un miroir, d’un reflet de la vie intérieure. À mon sens, n’importe quelle personne qui prend ces pratiques au sérieux expérimente tôt ou tard sur la durée des choses au-delà de ce qui peut être expliqué uniquement par cette conceptualisation limitée.
Par ailleurs, si l’objectif est d’avoir un outil-miroir d’introspection, pourquoi se tourner vers une pratique qui a des racines explicitement divinatoires ? Pourquoi ne pas tout simplement se tourner vers la psychologie et des outils de ce domaine qui rentrent explicitement dans les canevas scientifiques ? Je demeure perplexe.
Ce regard sur l’astrologie trouve aussi ses limites dès lors que l’on s’aventure au-delà de l’astrologie natale. Si l’astrologie natale n’est qu’un outil d’introspection, comment expliquer l’éloquence des transits à l’échelle mondiale, pour les nations ? Quid de l’efficacité de l’astrologie horaire ? Il faut maintenir des œillères et une ignorance des héritages astrologiques pour défendre bec et ongles l’idée selon laquelle l’astrologie n’a absolument rien de divinatoire.
Je concède que l’astrologie est une pratique divinatoire à part, parce qu’il ne s’agit pas de tirer des carnes ou jeter des dés, mais d’étudier des données astronomiques dans l’ensemble prévisibles. Je n’entends d’ailleurs pas par là prêter une quelconque supériorité de l’astrologie, simplement de souligner que l’on ne peut pas savoir à l’avance toutes les cartes que l’on tirera au cours de la décennie à venir ; mais on connaît d’ores et déjà dans quels signes les planètes transiteront sur la même période de temps. Toutefois, cela ne signifie pas pour autant que les astres auraient déjà révélé tous leurs secrets. Là aussi, n’importe qui pratiquant l’astrologie sérieusement pourra attester que l’on a toujours des surprises en ce qui concerne les transits, quel que soit le niveau d’études que l’on a dans le domaine.
À mon avis, l’astrologie est prédictive de manière inhérente si elle est pratiquée sérieusement ; considérer le présent et le passé nous amène forcément à réfléchir sur le futur, ne serait-ce qu’indirectement. Se familiariser avec les cycles passés et présents nous permet d’appréhender ceux qui sont encore dans le futur. On peut creuser plus ou moins dans cette direction-là, mais c’est une partie du paysage quelle que soit l’approche que l’on prend, et cela requiert une bonne dose d’évitement (je dis cela sans jugement de valeurs) que de ne pas la prendre en compte. J’ai déjà écrit sur l’anxiété qui peut émerger du fait d’étudier les transits, et cela s’applique non seulement au prévisionnel mais aussi à la rétrospective ! Je ne crois pas que réfléchir sur le futur soit plus « dangereux », de manière inhérente, au sens de risqué psychologiquement, que de réfléchir sur le passé. Les deux peuvent provoquer de l’instabilité dans certains cas de figure ; dans tous les cas, faire preuve de discernement quant à ses limites et ses besoins est clé.
Qu’est-ce que la prédiction dans le cadre de l’astrologie ?
Il arrive qu’une évaluation astrologique de ce qui se profile dans le futur soit extrêmement précise. L’un des exemples les plus marquants est par exemple l’étude des pandémies par l’astrologue André Barbault publiée en 2011, qui soulignait qu’une nouvelle pandémie serait probable en 2020. Au niveau individuel, il est possible aussi de faire des prédictions d’une justesse très marquante ; l’un·e de mes collègues, Òscar Moisés Díaz, est particulièrement réputé·e pour cela. Cependant, tou·tes les astrologues ne cherchent pas à faire des prédictions précises, même parmi celleux d’entre nous qui pratiquent ce que beaucoup qualifieraient d’astrologie prédictive ou prévisionnelle. On peut explorer ce qui se profile de manière plus générale ; considérer les grandes thématiques, ou le sommaire plutôt que chaque phrase et virgule. Il y a donc une grande variété dans ce que l’on pourrait qualifier de prédictif ou prévisionnel.
Quelle que soit l’approche que l’on prend, il me semble important de souligner que des principes éthiques rigoureux ne devraient pas être en option, mais systématiques. J’ai traduit une partie du code d’éthique de l’ISAR dans le but de clarifier ces enjeux en ce qui concerne ma pratique, et je sais que plusieurs de mes collègues ont fait de même depuis sur leur propre site. Tout le monde ne se tiendra pas forcément aux mêmes conventions, mais dans tous les cas, pouvoir clairement expliquer ses lignes directrices et ses principes en ce qui concerne l’éthique est crucial. Je le surligne : éthique et prédiction ne sont pas antinomiques !
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