Le Nœud Lunaire Nord et les traumas

Cet article est une traduction d’un article que j’ai publié en anglais sur Substack fin août 2025. Alors que nous approchons de la saison des éclipses en cet été 2026, il m’a semblé opportun de le partager ici aussi. J’y parle des Nœuds Lunaires, de trauma et de magie.

[Note : Aucun de mes articles n’est jamais écrit à l’aide d’IAgen, et je ne consens pas à ce qu’ils soient utilisés pour entraîner une IAgen.]

Les Nœuds Lunaires sont un domaine de l’astrologie très curieux.

Il ne s’agit pas de corps célestes : les Nœuds Lunaires représentent les intersections des chemins de la Lune et du Soleil de notre point de vue. Des planètes-ombres1, d’une grande importance quoiqu’il en soit. Je considère les Nœuds tout aussi importants que les sept planètes « traditionnelles », qu’il s’agisse du thème natal ou de l’étude des transits. Les Nœuds nous indiquent quand les éclipses ont lieu, et font allusion à des remuements étranges hors de notre portée. Des dragons que l’on ne peut contrôler, seulement apprendre à chevaucher ; des courants d’arrachement à approcher avec précautions.

Les Nœuds Lunaires ne sont pas des corps célestes, ce sont des croisements—des croisements en mouvement, de surcroît.

an aerial view of a highway intersection at night
Photo par Patrick Federi sur Unsplash

Quand j’ai commencé à apprendre l’astrologie sérieusement, le courant que j’avais choisi d’étudier (l’astrologie néo-hellénistique) ne mettait pas tellement l’emphase sur les Nœuds. Quand c’est abordé dans ce contexte, c’est plutôt sommaire, et ça donne grosso modo : « Le Nœud Nord signifie l’augmentation, le Nœud Sud signifie la diminution ». Le temps passant, j’ai été curieux d’en apprendre davantage et j’ai notamment approfondi avec le cours d’Austin Coppock Here There Be Dragons consacré aux Nœuds Lunaires et aux éclipses. Depuis lors, les Nœuds ont continué de m’intriguer.

Dans un post récent, l’astrologue Afrofuturiste Imani Harmon partage (traduction et emphase mienne): “ma politique a évolué et la précision avec laquelle je cherche à appréhender l’astrologie et ouvertement décrier l’astrologie qui selon moi réifie des systèmes nocifs dans notre monde«  (je recommande vivement de lire son article en entier). Cela m’a frappé ; ça résonne avec ce qui me travaille depuis un moment maintenant2.

En tant que personne avec un thème natal assez Nodal, j’ai souvent plissé les yeux en lisant des délinéations des Nœuds et des éclipses. Parfois parce que cela ne résonnait pas, parfois parce que cela résonnait mais la délinéation me semblait bancale d’une manière ou d’une autre. J’ai fini par me rendre compte que ce qui me semblait manquer bien souvent dans les délinéations des Nœuds Lunaires est une approche que l’on décrirait en anglais comme trauma-informed : tenant compte des traumatismes.

Qu’est-ce qu’on entend par « tenant compte des traumatismes » ?

Le soin prenant en compte les traumatismes présume que les gens sont plus susceptibles d’avoir un passé traumatique que de ne pas en avoir, cherche à reconnaître le rôle que le trauma peut jouer dans leurs vies, et à restaurer de l’agentivité3 à la personne ayant survécu à des traumas. Les six principes guidant le soin tenant compte des traumatismes sont la sécurité, la confiance, le choix, la collaboration, l’empouvoirement et la considération culturelle (cf cet article et celui-ci).

Nota bene : il y a beaucoup de discours aux allures thérapeutiques en ligne ; j’entends par là l’utilisation de vocabulaire thérapeutique (parfois psychiatrique, parfois psychologisant) sans une compréhension approfondie de ce que cela implique, résultant parfois en des usages inappropriés. Parfois c’est utilisé de manière à éluder des responsabilités. Je ne cherche pas en disant cela à condamner l’auto-diagnostic ou le pair-diagnostic. Que l’on ait un diagnostic « officiel » ou non, je pense cependant qu’il peut exister des tendances à éviter de prendre ses responsabilités, notamment le travail ardu d’introspection et de questionnement de ses conditionnements, en mettant tout sur le compte d’un diagnostic comme s’il s’agissait d’une justification qui acquitte, plutôt qu’un élément de contexte qui peut informer l’approche et le soin.

Pour donner un exemple spécifique, j’ai parfois vu des violences sexuelles et des comportements de contrôle d’autrui excusées via un diagnostic de trouble de la personnalité et l’hypersexualité qui y est associée. C’est inacceptable. Expérimenter des difficultés de l’ordre de la compulsion sexuelle ne signifie pas avoir un passe-droit pour commettre des abus.

J’ai aussi des griefs avec l’emphase dépolitisante sur l’amélioration de soi qui est pervasive dans la culture thérapeutique néolibérale, ce que Pallas K. Augustine souligne avec éloquence dans son essai Abandoning the Night: Technology, Optimization, and Recovering a Relational Astrology. J’ai des ressentis compliqués sur l’instrumentalisation du parler thérapeutique pour aliéner davantage des personnes qui auraient vraiment besoin de soutien. J’en ai aussi sur les manières déshumanisantes dont les diagnostics psychiatriques ont été et sont toujours utilisés.

Note que je ne suis ni docteur ni thérapeute. Je me suis documenté sur le stress post-traumatique parce que je n’avais pas d’autre choix pour comprendre ce que je vivais. J’ai suivi une formation de relation d’aide, mais je ne suis pas praticien en santé (ni mentale ni physique) et je souhaite dissiper toute ambiguïté potentielle sur ce point.

Les Nœuds Lunaires et le karma

Lorsque l’on renseigne au sujet des Nœuds Lunaires, on peut voir pas mal de discussions de karma. Je n’ai pas grandi dans un contexte culturel facilitant une compréhension de la notion du karma, et ce que j’en ai entendu pendant la majeure partie de ma vie est une utilisation familière signifiant une sorte de cause-conséquence en anglais, notamment « Karma’s a bitch« , que l’on pourrait traduire par « On récolte ce que l’on sème ». Cette utilisation me semble généralement assez mesquine, simpliste et m’évoque surtout de l’évitement spirituel à la sauce culpabilité chrétienne imposée sur un concept mal compris.

Quand Anak Rabanál m’a expliqué le karma comme des sillons de mémoire profondément incrustés, des chemins neuronaux tenaces, ça a fait sens différemment pour moi. J’ai passé des années à essayer d’apprendre la neuroscience des psychotraumatismes du mieux que je pouvais et cette description du karma résonnait si bien avec cela, loin de considérations culpabilisantes et réductrices telles que « On a que ce qu’on mérite » .

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Photo par kimi lee via Unsplash

Le Nœud Nord et le trauma

Freedom Cole, dans le volume I de Science of Light, contraste Saturne comme représentant le chagrin avec Rahu (le Nœud Nord) comme représentant le choc traumatique. Cole fait aussi un lien explicite entre Rahu et le stress post-traumatique. “Rahu […] cause des expériences submergeantes qui ne peuvent pas être digérées”—le trauma est défini comme un évènement qui dépasse la capacité de l’organisme à y réagir de manière fonctionnelle ! L’addiction et les délires sont aussi sous l’égide de Rahu.

Je vois en effet Rahu dans l’attitude insatiable de « J’en veux plus mais je n’arrive pas à me réjouir de ce que j’obtiens et je continue à chercher davantage » . En ce sens, c’est logique que Rahu soit associé au stress post-traumatique, parce que le trauma peut générer cela en l’absence de soins appropriés—pas seulement cela, et pas systématiquement, mais on voit en effet beaucoup de personnes traumatisées se précipiter sur ce qui les distraira de leur douleur profonde, leur incapacité à être avec elles-mêmes et ce qui les entoure, même quand ce qui les entoure n’est pas immédiatement menaçant.

Ici je suis tenté de prendre une tangente pour parler de mon agacement prononcé quant à la dépolitisation et l’essentialisme que je constate souvent dans les discussions autour du TDA(H), mais je vais me retenir et simplement recommander la lecture de L’esprit dispersé de Gabor Maté.

La recherche scientifique4 a pu établir un lien entre les expériences difficiles dans l’enfance et l’abus de substance ; les tempéraments addictifs n’émergent pas de nulle part. Quant aux délires et aux illusions, il est plus ardu de cultiver le discernement si l’on est isolé, en proie à une douleur constante, ne sachant pas que faire de soi-même à part hyperfixer sur quelque chose qui permet une échappée, de l’excitation et un sentiment de pouvoir5.

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