À propos de l’occulte, l’astrolâtrie et la magie astrologique

Comme je l’ai mentionné précédemment dans l’article sur les transidentités ou celui sur la remédiation planétaire, il arrive que des collègues peu scrupuleux·ses prennent la parole sur des sujets qu’iels connaissent mal, de manière qui me semble dommageable pour les personnes qui cherchent à se renseigner et qui comptent sur leur intégrité. L’astrolâtrie et la magie astrologique en font partie également.

L’astrolâtrie et la magie astrologique ne sont pas des sujets dont j’ai beaucoup traité publiquement jusqu’ici (du moins en dehors de Patreon, qui n’est que semi-public) bien que j’expérimente avec depuis maintenant plusieurs années et que cela me passionne. Ma réticence demeure en ce qui concerne le fait de partager largement des informations qui sont souvent occultes pour de bonnes raisons, mais j’aimerais clarifier ces raisons, et expliquer où trouver des informations fiables. Je m’adresse tant aux personnes curieuses qui pour l’instant n’ont pas encore vraiment fait de recherches à ce sujet, qu’aux personnes qui débutent et pourtant se sentent déjà à l’aise de partager des informations par-dessus la jambe.

occulte

adjectif

(latin occultus)

https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/occulte/55501

« Occulte » indique donc quelque chose de caché, de secret, qui n’est pas évident et visible. On parle aussi d’ésotérisme en opposition à l’exotérisme. Pour prendre un exemple très concret, dans le cadre du christianisme, la messe publique du dimanche matin est un évènement exotérique, tandis qu’un grimoire écrit par un·e mystique chrétien·ne serait de l’ordre de l’ésotérisme. Bien que le terme « ésotérisme » ait pris une dimension très New Age et le terme « occulte » une teinte assez sombre, l’ésotérisme n’est pas forcément New Age et l’occulte ne concerne pas que la magie dite noire ou la sorcellerie.

Le terme d’astrolâtrie désigne le fait de vénérer les astres ; une approche dévotionnelle des étoiles, des planètes, entre autres. L’astrolâtrie au sens très large n’est pas forcément occulte. D’une certaine manière, on pourrait considérer qu’il y a une dimension astrolâtrique à la contemplation de la Lune, un phénomène particulièrement courant : n’importe qui peut être frappé par la beauté de la Lune et prendre un moment pour l’admirer. Cette admiration peut être considérée comme une forme d’astrolâtrie qui ne sait pas son nom.

De nombreuses personnes ont une pratique d’astrolâtrie plus marquée, explicitement rituelle, sans forcément qu’il s’agisse de quelque chose de très caché ou même de privé, surtout vu le contexte actuel où tout ce qui est « witchy » est devenu un argument marketing et une mode. Cependant, rares à l’heure actuelle sont les personnes qui connaissent et utilisent le terme d’astrolâtrie, notamment parce que pour beaucoup, faire un rituel de Pleine Lune est chouette, mais admettre qu’on pense que le rituel peut permettre de travailler avec des esprits pour exercer des changements c’est aller un peu trop loin. Le rituel est souvent aseptisé, avec une vision néo-coloniale qui refuse de reconnaître franchement les esprits non-humains comme ayant une réalité. Il s’agit plutôt de « manifester » à l’aide de sa volonté, de son sacro-saint libre-arbitre, de sa force magique inhérente. La logique individualiste caractéristique du capitalisme prévaut alors. Il faut continuer de se bercer des illusions que nous sommes les créatures les plus intelligentes qui existent et que nous avons tous les droits de facto pour exploiter notre environnement, ou même que tout existe pour nous servir.

Il est bien sûr possible de prendre une approche différente, animiste, relationnelle avec les esprits non-humains, et notamment avec les astres. C’est là que le terme d’astrolâtrie peut émerger pour décrire le phénomène de manière particulièrement adéquate et utile.

Une des postures que je trouve la plus agaçante mais aussi dangereuse parmi certain·es de mes collègues est une sorte d’évitement spirituel qui décrit les astres comme totalement bienveillants, des « bonnes étoiles » essentiellement inoffensives qu’il suffit de comprendre et canaliser avec notre bon vieux libre-arbitre et notre volonté personnelle pour que tout se passe bien. L’astrologie nous livrerait alors le bien-être et l’épanouissement et l’empouvoirement et autres mots-clés vidés de leur sens par le marketing pour vendre du rêve.

Tout d’abord, je suis frappé par l’hubris de cette déclaration, l’absurdité et la prétention de penser qu’individuellement, on peut maîtriser complètement ses circonstances – sans même parler d’astrologie ou de croyances, il suffit d’ouvrir un livre de sociologie basique pour se rendre compte que ça n’a ni queue ni tête. C’est une narration qui n’a aucun sens, mais qui est encouragée dans un contexte d’exploitation qui repose sur l’exaltation individuelle ; « Quand on veut on peut » et ce genre de délires méritocrates, comme si qui que ce soit devenait milliardaire par ses propres efforts, et comme si qui que ce soit pouvait « mériter » d’exploiter des millions de personnes.

Par ailleurs, je ne suis pas connu pour tarir d’éloges au sujet des étoiles et de leurs bénédictions ; cependant, tout comme chez les individus humains, il existe de la variété chez les esprits non-humains. Et tous les esprits non-humains ne sont pas pro-humains, avec nos priorités en tête, avec notre bien-être comme préoccupation principale ou même secondaire. C’est se bercer d’illusions que de le penser, et je trouve très douteux de propager cette idéologie naïve en encourageant tout un chacun à cantonner sa spiritualité à « manifester » tout et n’importe quoi comme si on était la seule personne avec une agentivité.

L’astrolâtrie, de mon point de vue, implique d’exercer son agentivité certes, mais de manière qui prend en compte celle d’autrui, avec l’humilité requise. Je suis souvent exaspéré de constater que les démarches mercantiles mènent à des raccourcis dans tous les sens vis-à-vis de l’astrologie, et inquiet de voir ce phénomène se produire en ce qui concerne l’astrolâtrie et la magie astrologique. Les enjeux sont trop sérieux pour qu’on se permettre de donner des recommandations tronquées à l’arrache.

Il est facile, si l’on a pas une relation dévotionnelle aux astres, de sous-estimer l’impact que ce type de relation peut avoir, et adopter des tournures de phrase repêchées chez quelqu’un qui pratique, dans une dynamique rapace pour se sentir « à la page ». J’invite tout un chacun à considérer que tout ce dont on prend connaissance n’a pas vocation à être approprié et recraché pour se faire valoir comme sachant·e. C’est une évidence, et le plagiat est un sujet brûlant, mais il ne s’agit pas ici simplement de querelles d’attribution. J’ai vu nombre de mes articles remixés par des personnes peu qualifiées sans aucun crédit, mais ce n’est pas ce qui me préoccupe ici : ce que je trouve aberrant est de procéder ainsi sur un sujet comme la dévotion aux astres, car cela peut mettre en danger.

Je le répète, si l’on manque d’expérience, on peut sous-estimer cela, penser que les bonnes intentions vont contrebalancer une éventuelle maladresse, et si cela peut être vrai, il n’en demeure pas moins que l’immense majorité des personnes pratiquant l’astrolâtrie et la magie astrologique auront au moins une anecdote difficile d’une erreur qui aurait pu être désastreuse et qui leur a appris à faire preuve de plus de prudence sur x ou y sujet. Si quelqu’un prétend travailler avec les astres et dément cela, c’est suspect. Tou·tes les enseignant·es sérieux·ses donneront des avertissements, des choses qu’il vaut mieux éviter lorsque l’on débute, etc. Les bonnes intentions ne suffisent pas, comme pour tout le reste.

Je trouve donc profondément irresponsable de suggérer que n’importe qui se lance dans l’astrolâtrie et la magie astrologique sans baliser le terrain, donner des clés de compréhension basique, et des manières de gérer une situation difficile si elle arrive. Cette remarque s’applique évidemment d’autant plus lorsque l’on a une visibilité forte.

Je ne suis généralement pas en faveur du gatekeeping, le fait de gardienner une tradition ou certaines informations, qui peut reposer sur une forme d’élitisme. Cependant, ici, le gatekeeping peut avoir du sens toutes proportions gardées, lorsqu’il s’agit de sécurité, de s’assurer que des personnes ne risquent pas de se retrouver à prendre des risques inconsidérés.

Je ne garde pas jalousement mes connaissances et mon expérience en ce qui concerne l’astrolâtrie, bien au contraire ! Je partage volontiers tout cela dans les cadres qui s’y prêtent, mais j’ai besoin de m’assurer de pouvoir transmettre les nuances requises, car je prends au sérieux ce rôle de transmission et de pédagogie.

J’ai aussi cheminé un moment avant d’en parler même semi-publiquement, pour gagner en expérience et en recul. Plus le temps passe, plus il me semble inconscient de prétendre transmettre quoique ce soit autour de la dévotion aux astres lorsque l’on ne pratique pas depuis au moins un an ou deux, en moyenne. Bien sûr, les pratiques et les vécus varient, je ne pense pas utile d’essayer de fixer une règle spécifique, mais à titre indicatif, il me semble vraiment important de garder en tête, dans un contexte où l’information va à toute vitesse, que quelques mois ne suffisent pas pour intégrer certaines informations, et que la dévotion aux astres est une démarche de long terme. Pour prendre une analogie, il serait déplacé de s’improviser conseiller·e conjugale alors que l’on n’a ni étudié le sujet des relations, ni été dans une relation de plus de deux semaines ou même deux mois. Bien sûr, cette remarque vaut aussi pour l’astrologie, essayer de transmettre une technique sur laquelle on a lu deux articles à tout casser sans citer aucunes sources ou références dénote un manque d’éthique criant, mais les conséquences potentielles me semblent encore plus sérieuses quand il est question de rituel et de magie. Ce n’est pas parce qu’un sujet semble populaire, ou suffisamment de niche pour pouvoir se donner l’air d’innover, qu’il faut se jeter dessus.

Si vous souhaitez développer un lien rituel aux astres et pratiquer la magie astrologique, je vous recommande dans un premier temps de vous renseigner autant que possible, de prendre la mesure de vos envies et de vos possibilités, et de diviner à ce sujet.

Il existe de nombreuses sources anglophones fiables et poussées, et mes principales recommandations seraient les cours sur la magie astrologique et la remédiation proposés par Austin Coppock, les livres de Christopher Warnock, les vidéos de Nina Gryphon, le site web et le forum clientèle de Sphere + Sundry. [Ajout 08/2025 : les ressources proposées par Idola Stellarum sont un véritable trésor.]

Sources et références sélectives
  • The Proper Care and Feeding of a Birth Chart, Austin Coppock
  • Taking the Lead with Astrological Magic, Kaitlin Coppock
  • Fixed Star, Sign and Constellation Magic, Christopher Warnock
  • The Celestial Way, Christopher Warnock
  • A Primer on Planetary Prayer, Diana Rose Harper
  • Under the Spell of the Fixed Stars, Amaya Rourke
  • The Practical Art of Divine Magic, Patrick Dunn
  • Stars and Stones : An Astro-magical Lapidary, Peter Stockinger
  • Six Ways, Aidan Wachter
  • Hellenistic Astrology: The Study of Fate and Fortune, Chris Brennan
  • Ancient Astrology in Theory and Practice, Demetra George
  • On The Heavenly Spheres, Helena Avelar & Luis Ribeiro
  • The Book of Rulerships, Lee Lehman
  • The Archetypal Universe, Renn Butler

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