Ces derniers temps, lors de discussions avec d’autres personnes passionnées d’astrologie, une thématique est revenu semi-régulièrement.
De nombreuses personnes sujettes à l’anxiété, ou autre problèmes dits de santé mentale comme la dépression, admettent que la relation à la pratique astrologique peut présenter des défis vis-à-vis de la gestion de ces problèmes. Parfois, avoir connaissance des cycles célestes aide à se situer et à mitiger certains « spiralages », et j’imagine que c’est généralement en partie pour cela que ces personnes se plongent dans l’étude de l’astrologie. Mais ce n’est pas systématique : on peut aussi se faire du mal avec sa pratique astrologique lorsqu’on a des soucis d’anxiété, de dépression, de TOCs, etc.
Pour décrire certains des phénomènes à l’œuvre dans ces cas de figure, j’ai adopté les termes « évitement astrologique » ou « contournement astrologique », dans la lignée de l’expression « évitement spirituel » ou « contournement spirituel », qui sont des traductions de l’anglais spiritual bypassing.
Évitement spirituel
L’évitement ou contournement spirituel a été décrit dans les années 90 par John Welwood, un thérapeute et enseignant bouddhiste. Il a constaté que bien des gens, lui y compris, pouvaient utiliser la spiritualité comme une protection et un mécanisme d’évitement, menant à réprimer des émotions et éviter de confronter certaines blessures ou sujets difficiles en faisant usage de justifications spirituelles.
Olga Alexandrova, dans un article dédié, décrit certains des mécanismes de l’évitement spirituel :
- L’illusion de la positivité à tout prix : Refuser d’admettre les émotions négatives en pensant qu’il faut toujours rester dans la « haute vibration ».
- Le déni de la souffrance émotionnelle : Prétendre que tout arrive toujours pour une raison et que la douleur est une illusion, sans réellement traiter les blessures profondes.
- L’isolement spirituel : Se détacher excessivement du monde matériel et des relations humaines sous prétexte de transcendance.
- La déresponsabilisation : Croire que tout est déjà « parfait » et que l’on n’a pas besoin d’agir pour changer sa vie ou libérer ses traumatismes.
- Excuser les comportements clairement abusifs : pour se remettre dans l’idée que le bourreau est notre maître initiatique et qu’il est là pour notre évolution.
- Le dogmatisme spirituel : Adopter des croyances rigides sur la spiritualité sans remise en question ni réflexion critique.
Le cas de l’astrologie et autres pratiques introspectives-divinatoires
Tout le monde ne considère pas l’astrologie comme une pratique spirituelle, mais ce n’est pas le sujet. Quelle que soit la vision du monde qui sous-tend la pratique astrologique, je pense que n’importe qui peut se retrouver à glisser dans des mécanismes d’évitement du fait de la pratique astrologique. Et il me semble que les personnes ayant un vécu traumatique considérable y sont tout particulièrement vulnérables, car on connaît les conséquences potentielles du trauma sur la santé.
Soit dit en passant, je pense que la remarque s’étend à d’autres pratiques, comme la cartomancie. Et là aussi, que l’on prenne une approche strictement psychologique (« Les cartes me renvoient ce que je sais déjà au fond de moi et m’aident à l’introspection, c’est tout ») ou explicitement divinatoire (« L’esprit des cartes me parle » / « Des esprits guides communiquent avec moi via les cartes »), c’est la même chose : le contournement peut pointer le bout de son nez.
Ainsi, on peut appuyer si fort sur l’introspection dans une recherche de contrôle que l’on évite de considérer des évidences ; par exemple, pour un tirage relationnel ou une synastrie, se questionner à l’excès sur ce qu’il faudrait changer dans sa propre conduite pour éviter de regarder en face que la personne avec laquelle on souhaite s’investir n’est pas prête à déployer de ce dont on a besoin. Or, une relation se construit à deux !
On peut aussi essayer de savoir ce qu’il va se passer à tout prix pour se rassurer, et se couper l’herbe sous le pied avec une approche si fataliste qu’elle nous désempouvoire. La teneur des questions que l’on soulève est cruciale à considérer ici : est-ce qu’on se penche sur un thème astrologique ou sur un tirage de tarot en demandant « Qu’est-ce qu’il va se passer ? » ou en demandant « Où j’en suis, quels sont les potentiels pour la suite, et qu’est-ce qui me peut me soutenir ?« . Ça fait une énorme différence !
Quelques exemples
Pour permettre de mieux se représenter le phénomène, voici quelques exemples de ce que je considère être de l’évitement astrologique :
- Décrire ce que l’on vit quasi-systématiquement au prisme des transits astrologiques, au point d’en perdre presque la capacité à décrire ses émotions ou les évènements de vie
- S’isoler de personnes qui ne pratiquent pas l’astrologie afin de pouvoir rester dans ses mécanismes de contournement via l’astrologie sans être remis·e en question
- Parler des transits comme des causes sans se pencher sur les évènements concrets dans sa vie ; « Je me sens déprimé parce que ma planète activée conjoint Saturne », sans considérer ce qui cause cette déprime concrètement dans sa vie
- Négliger d’autres domaines de sa vie, d’autres passions, parce que l’on est trop occupé à étudier l’astrologie
- Justifier ses comportements à l’aide son thème natal sans creuser davantage, ou enfermer autrui dans ses placements natals ; « Je suis comme ça parce que j’ai Vénus en Vierge », « Tu fais ça parce que tu es Gémeaux ! », « Je supporte pas les Balance », etc.
- Essentialiser des comportements abusifs avec le thème natal de la personne ; « Marilyn Manson est un violeur parce qu’il a Saturne en Bélier et Mars en Scorpion »
- Être incapable de s’intéresser à quelque chose sans immédiatement l’astrologiser ; toujours regarder les thèmes astrologiques pour les personnes qu’on rencontre, les films que l’on regarde et les personnes qui y jouent, ne jamais faire de pause ou arriver à vivre quelque chose sans astrologiser en parallèle d’une manière ou d’une autre, etc
- Attendre qu’un transit « bénéfique » arrive comme si ça allait régler toute la détresse que l’on ressent, sans qu’il y ait besoin de faire quoique ce soit
- S’abandonner à l’angoisse en considérant un transit « maléfique » à l’horizon comme si l’on ne pouvait rien faire pour y faire face
Vivre avec ses difficultés
J’ai particulièrement à cœur que des personnes vulnérabilisées par un vécu traumatique conséquent puissent avoir accès à du soutien et ne soient pas davantage « enfoncées ». De ce fait, je me suis régulièrement questionné depuis le début de ma pratique astrologique sur ces thématiques, et je continue de le faire. Je sais que je ne suis pas le seul parmi les astrologues et passionné·es d’astrologie !
Par ailleurs, j’aimerais souligner que je ne décris pas ces mécanismes de manière distante et extérieure, et que je ne pose pas un jugement lapidaire (loin de là !) sur les personnes qui expérimentent ce genre de difficultés : j’en fais partie. C’est un travail continuel que de garder les pieds sur terre et de faire bon usage d’outils introspectifs et divinatoires. J’ai énormément de compassion pour toutes les autres personnes qui essayent de se saisir des outils à leur disposition et qui butent sur certains obstacles de ce type. Cela demande beaucoup de persévérance que de vivre avec anxiété, dépression, TOCs et autres.
Je ne souhaite pas non plus essentialiser ou dépolitiser les enjeux de santé en mettant toute la responsabilité sur une démarche individuelle de « développement personnel » : je souhaite ardemment des changements collectifs qui permettent à chacun·e de vivre dignement, d’avoir accès aux soins nécessaires (médicaux comme non-médicaux), et de pouvoir se libérer des aliénations suprémacistes qui sont à la racine de tant de maux.
Comment éviter l’évitement ?
Alors, comment on évite l’évitement ? La formule en elle-même contient une partie de ce que je considère être une des solutions. Je pense qu’il est bien souvent plus aidant d’aller intentionnellement vers quelque chose que de chercher à éviter son opposé. C’est plus facile à dire qu’à faire, il est possible que l’on ait si peu de précédents pour quelque chose de nourricier et aidant que l’on a du mal à même l’imaginer.
Cependant, ça vaut le coup de réfléchir : quand et comment est-ce que l’astrologie vous a aidé et vous a permis d’aller vers quelque chose de nécessaire et soutenant ? Il est possible qu’il n’y ait pas eu de telle situation dans votre vécu, auquel cas je conseillerais de laisser l’astrologie de côté. C’est sans doute particulier de dire cela en tant qu’astrologue, mais chacun·e son truc, et ma priorité demeure que chacun·e puisse trouver ce qui lui permet de s’épanouir et augmenter sa capacité à la relation ! Donc pas de dogmatisme : si l’astrologie ne vous aide pas, ne vous a pas aidé jusqu’ici, et vous cause de l’anxiété et un manque d’estime de vous plus que quoique ce soit d’autre, à mon humble avis il est peut-être temps de lâcher la barre et de vous tourner vers d’autres domaines. De toute façon, il sera toujours temps d’y revenir plus tard si vous en ressentez l’envie et le besoin !
Tempérance
Outre cette possibilité assez radicale, il est possible de tempérer là où c’est nécessaire. Par exemple, si vous avez tendance à l’anxiété en regardant les transits de l’année, mais que vous aimeriez vraiment approfondir votre étude de l’astrologie et notamment des transits, je recommanderais de vous en tenir à une étude rétrospective ! J’entends par là : regarder les transits astrologiques seulement une fois qu’ils sont déjà passés. Par exemple, au lieu de regarder les transits de 2026 et d’essayer d’en tirer des prédictions, il serait possible de les étudier au terme de l’année, et de faire un bilan sur ce qu’il s’est passé pour vous.
Une autre possibilité est de limiter le temps passé à l’étude de l’astrologie, de cadrer cela de manière à avoir des « garde-fous » ; mettre un timer pour s’arrêter au bout d’une heure, se prévoir de débriefer avec quelqu’un qui peut aider à désamorcer l’anxiété si besoin, etc… Si vous avez tendance à l’hyperfixation et/ou un tempérament addictif, ces conseils s’appliquent tout particulièrement.
Au risque d’enfoncer une porte ouverte : priorisez votre capacité à la survie, au bien-être, votre santé en général. Parce que l’astrologie est une étude du temps, et que notre société actuelle est hyperconnectée et encourage à aller à toute vitesse, cela peut très vite devenir désorientant si l’on ne se pose pas des limites. Il n’y a pas à se sentir coupable de ne pas essayer d’aller plus vite que la musique, de ne pas être au courant de tout ce qu’il se passe astrologiquement, même si vous étudiez l’astrologie et même si vous êtes astrologue !
Le contournement dans des contextes de neurodivergence
La proportion de passionné·es d’astrologie qui sont neurodivergent·es (autisme, TDAH…) me semble assez élevée de ce que j’ai pu constater. Astrologiser vous aidera seulement jusqu’à un certain point, si c’est votre cas. Je ne recommande pas de laisser la passion pour l’astrologie prendre toute la place au point de ne pas considérer de se documenter sur la neurodivergence et sur les outils qui peuvent aider à mieux vivre avec.
Pour expliciter : si vous avez des problèmes d’attachement très ancrés, la synastrie ne vous en sauvera pas, il faudra aussi sans doute se renseigner sur la régulation émotionnelle, le consentement, les dynamiques codépendantes, etc. Si vous avez des difficultés sociales du fait de ne pas saisir les codes implicites, scrutiniser les thèmes astrologiques de vos interlocuteurices n’est pas la solution magique pour les comprendre et prévenir tout problème sans apprendre à les connaître. Si votre estime de vous est incroyablement basse, étudier votre propre thème natal sans considérer les racines de ce problème peut autant vous enfoncer dans des narrations auto-dépréciatives que provoquer un narcissisme protecteur avec un tas d’angles morts.
N’hésitez pas à me faire part de vos observations en commentaires si vous le souhaitez, et tous mes encouragements à chacun·e pour son cheminement avec les enjeux de contournement astrologique !
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Voilà une mise en parallèle et un article vraiment intéressants, merci beaucoup! Du coup, je comprends mieux d’où vient ma propre irritation, aussi bien face aux personnes qui « spiritualisent » tout, que celles qui « astrologisent » tout pour éviter de se confronter au « sale boulot »… (eh, moi la première, hein, dans les deux cas!) :o)))
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Merci beaucoup du retour !
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Quelle mise en parallèle intéressante, merci!
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C’est un sujet très intéressant ! Pour ma part, je suis autiste et l’astrologie fait partie de mes intérêts spécifiques, donc j’ai souvent une pensée pour elle. Cela étant, j’essaie de ne pas en rester là, mais j’aime bien regarder le thème natal de chaque personne, ou essayer de deviner les placements des gens, ou encore remarquer des « patterns ». Mais il ne faut pas tomber dans l’absolutisme et plutôt utiliser l’astrologie comme outil complémentaire, à mon sens.
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Merci pour ton retour et pour ce partage ! C’est tout à fait un des trucs que j’avais en tête les intérêts spécifiques, pour certaines personnes c’est vraiment difficile de s’arrêter dans ce cas de figure (notamment selon les autres conditions associées, le vécu, l’accès à différents outils pour faciliter le discernement et la régulation émotionnelle…), et ça peut être un gros défi dans le rapport à l’astrologie. Je te rejoins tout à fait sur le fait que c’est important de ne pas se reposer sur l’astrologie de manière absolue dans le rapport à autrui.
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[…] [Rappel que si étudier les transits génère de l’anxiété, ne pas les étudier en avance est toujours une option, parfois la plus viable en fonction des circonstances. Vous pouvez lire cet article avec une approche rétrospective, une fois l’éclipse passée. J’ai écrit davantage au sujet de l’intersection de l’anxiété, de l’évitement spirituel et de l’étude astrologique récemment, dans cet article.] […]
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