Citer ses sources et inspirations en tant qu’astrologue

Au fil des années, en discutant avec des collègues, mais aussi avec des personnes qui ne sont pas particulièrement impliquées dans l’astrologie, le sujet de la citation et des sources est revenu de nombreuses fois sur le tapis. Récemment, lors de l’une de ces conversations, mon interlocuteur·ice m’a recommandé d’écrire à ce sujet, et cela m’a fait prendre conscience que je n’avais en effet jamais consacré d’article à cela, bien qu’ayant abordé le sujet plusieurs fois dans d’autres articles. Citer mes sources, références et inspirations est en effet crucial pour moi en tant qu’astrologue, et ce pour plusieurs raisons que je vais m’efforcer d’expliquer dans cet article.

Vous aurez peut-être remarqué que la quasi-totalité de mes articles incluent différentes références en conclusion ; des livres qui m’ont inspiré pour écrire, des webinaires, podcasts, etc. Bien que l’immense majorité de ces ressources soient généralement en anglais et que mon lectorat n’y ait pas forcément accès du fait de la barrière de la langue, il me semble important de les citer.

Se situer au sein des traditions

Tout d’abord, il me semble important de citer mes sources et références afin que l’on puisse situer l’approche que je prends, contextualiser mes propos. L’astrologie est un domaine extrêmement vaste, dont différentes traditions se sont établies au cours de millénaires. Certains de mes textes de références (Marcus Manilius ou Vettius Valens par exemple) datent de l’antiquité. Bien sûr, certaines notions utilisées dans le cadre de l’astrologie peuvent être bien plus récentes voire contemporaines ; rien n’empêche d’innover et d’expérimenter avec de nouvelles approches et techniques. Mais la fondation sur laquelle est posée le système dont on hérite est extrêmement ancienne.

Ainsi, si quelqu’un lit l’un de mes articles dans lequel je parle des dignités en signe en expliquant que je ne prends pas en considération Pluton comme la planète dirigeante du Scorpion, le contexte des références permet de comprendre que la fondation de ma pratique est néo-hellénistique : au moment où ces traditions techniques ont été établies, Pluton n’avait pas encore été découverte, étant donné que le système se base sur les astres visibles à l’œil nu.

Quelle que soit la datation d’une certaine approche, la créditer est une bonne chose ! Lorsqu’un·e collègue contemporain·e m’inspire, je m’assure justement de le signaler et de permettre à certaines des personnes qui me suivent de découvrir son travail. Par exemple, l’une de mes inspirations principales en ce qui concerne les étoiles fixes en parans est Óscar Moisés Díaz, et je ne manque pas une occasion de recommander sa conférence Star Lords.

Dans tous les domaines d’étude, personne n’est une île et l’on est toujours redevable au travail de quelqu’un d’autre. Dans le champ astrologique, nous n’en serions pas là sans les efforts acharnés d’ancêtres qui ont observé le ciel génération après génération, ni sans les données astronomiques collectées grâce aux savoirs scientifiques actuels. Et bien sûr, je suis très reconnaissant envers mes enseignant·es contemporain·es !

Bien que l’on soit encouragé·e à exalter l’individu et à se présenter comme self-made, il me paraît profondément absurde de prétendre avoir inventé la poudre en ce qui concerne l’astrologie. Il ne s’agit pas ici de minimiser mon travail, simplement de reconnaître qu’il s’inscrit dans une tapisserie plus vaste, d’un réseau collectif. C’est un honneur d’en faire partie, et je n’ai aucune volonté de m’en démarquer comme supérieur. Je suis si enthousiaste des contributions de mes collègues, et je considère que chacun·e peut apporter sa pierre à l’édifice et permettre aux connaissances astrologiques de perdurer et s’enrichir au fil du temps.

Il me semble primordial de reconnaître les contributions de chacun·e à leur juste valeur pour éviter que le tissu communautaire ne se nécrose de ressentiment. Donner à chacun·e sa place, n’en déplaise à l’hyperindividualisme capitaliste, est selon moi le plus intéressant. J’estime que chaque personne authentiquement appelé·e à la vocation d’astrologue a son rôle à jouer. Essayer de se placer en compétition à tout prix est profondément dommageable, car la recherche astrologique est collective de manière inhérente.

Si l’on souhaite réellement approfondir en ce qui concerne l’astrologie, et améliorer les conditions de vie collectives via cette pratique, ça n’a aucun sens de la jouer solo : une telle approche ne paraît sensée que si l’on souhaite s’enrichir individuellement en priorité, et cela va généralement de pair avec une éthique bancale à plusieurs égards. J’ai parfois été peiné de voir mes articles pillés par des collègues pour être présentés ensuite de manière tronquée, superficielle et sans aucune source : bien sûr, c’est blessant de voir mon propre travail dévalorisé ainsi, mais c’est surtout l’absence de respect envers l’héritage astrologique dans son ensemble que je trouve terrible. Le manque d’intégrité dénoté par ce genre de pratiques est inquiétant, surtout s’il s’agit de personnes qui sont très visibles en tant qu’astrologues.

Je trouve particulièrement alarmant de voir des cours proposés sans aucun contexte en ce qui concerne les sources. Si l’on offre de transmettre quelque chose, n’est-il pas important de permettre de contextualiser ces enseignements ? L’apprentissage astrologique ne se fait pas ex nihilo, et expliquer ce que l’on prétend transmettre me semble indispensable. Le flou artistique dans ce domaine me semble au mieux dommage, au pire franchement suspect.

Permettre de creuser par soi-même

On en vient à un deuxième point en faveur du fait de citer ses sources : il m’est très important de fournir des pistes pour permettre aux personnes qui me suivent de creuser les sujets abordés. C’est d’ailleurs aussi quelque chose qui est reflété dans ma pratique des consultations ; j’envoie toujours un e-mail à la suite de la consultation avec les liens vers les ressources que j’aurais citées durant la discussion.

Loin d’être une pratique élitiste, citer ses sources permet au contraire davantage d’accessibilité. Je précise d’ailleurs que je ne considère pas crucial de citer selon des conventions académiques ou autres codes très arrêtés. Il y a de multiples manières de créditer ses inspirations et de s’assurer que l’on fournit des pistes pour aller plus loin. En aucun cas il n’est question de snobisme, et on peut évidemment créditer des sources non-conventionnelles, comme les traditions orales ou le folklore — c’est même à mon sens particulièrement précieux pour revaloriser ces sources souvent si négligées !

Donner ses sources, références et inspirations permet aux personnes qui les consultent d’aller explorer, de poursuivre leurs recherches et de s’en inspirer à leur tour. Il semblerait que certain·es collègues ne citent pas leurs sources justement par peur que les personnes aillent directement aux sources et se désintéressent de leur contenu. Tout d’abord, je ne pense pas que ce phénomène soit systématique : un certain nombre de personnes n’auront pas l’envie ou le temps d’aller consulter des sources et préféreront continuer à suivre un·e astrologue qui vulgarise (et il n’y a aucun mal à cela !). Par ailleurs, même si l’ensemble de l’audience d’un·e astrologue étudiait activement l’astrologie, pourquoi considérer que cela menace sa propre pratique ?

En effet, à moins de prendre des libertés dangereuses avec les sources, de plagier ou de tronquer, pourquoi craindre que ces sources soient disponibles ? De ce point de vue là, l’absence de sources et références peut constituer un mauvais signe. Les plagiaristes s’abstiennent généralement de citer les personnes plagiées, afin que leur méfait passe inaperçu. Les personnes qui créent leur propre contenu n’ont pas de raison, a priori, d’obscurcir leurs influences de la même manière.

Comment procéder ?

J’admets sans problème que le contexte actuel de la course au contenu ne favorise pas le fait de prendre le temps de citer rigoureusement ses influences. Les différents algorithmes que l’on doit naviguer poussent à aller vite, à créer sans relâche, et de manière qui attire l’œil comme une publicité, et qui met en avant l’individu et non des projets collaboratifs et solidaires. À l’heure actuelle je ne cite pas mes références à chaque post Instagram car mes posts existent rarement par eux-mêmes, et sont généralement davantage un avant-goût d’un article plus long ici ou sur Patreon, dans lequel les sources et références sont incluses. Cependant, j’observe que d’autres créateur·ices sur Instagram dont c’est le medium privilégié incluent une diapositive avec leurs références et sources ; cela reste une possibilité !

J’ai l’impression que la priorité est que les références soient clairement accessibles sur la plateforme privilégiée de la personne qui s’exprime (en l’occurrence, l’astrologue). Par exemple, pour quelqu’un qui présente son travail principalement sur YouTube, fournir les sources au sein de la vidéo et dans les notes de description semble approprié. Dans mon cas, je m’exprime par écrit via ce blog et Substack (en anglais) avant tout, et c’est pour cette raison que toutes les sources et références sont en fin d’article, facilement trouvables pour quiconque me lit. Pour quelqu’un qui produit un podcast, cela peut être cité au cours de la discussion et référencé dans les notes de l’épisode, etc. In fine, je pense que si l’on est de bonne volonté sur ce point, les solutions sont facilement trouvables. Même si la manière dont internet se structure à l’heure actuelle n’encourage pas à citer ses sources, cela reste parfaitement faisable si c’est une priorité ; et mon argument, vous l’aurez compris, est que cela doit l’être. Si cela implique parfois de ralentir, je pense alors que c’est une bonne manière de se souvenir que l’astrologie est un domaine profondément saturnien, et qu’il peut s’agir d’une opportunité de cultiver patience et persévérance !


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